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Les moulins à scie au temps du syndicat

L’histoire de la colonisation du Bas-Saguenay s’est construite dans la forêt. La compagnie des 21 débarque à la fin mai 1838, et déjà à l’automne de la même année, les premiers moulins à scie sont en service. Que ce soit à l’Anse au cheval à Petit-Saguenay ou du côté du camp de pêche des Price à L’Anse-Saint-Jean, l’activité forestière commence son parcours sur le territoire.

En 1870, on dénombrait 11 moulins à scie, juste dans la municipalité de L’Anse-Saint-Jean. De cette grande époque il ne reste qu’un moulin. Il est situé à l’entrée du rang de Périgny et son propriétaire, Serge Thibeault, le fait toujours fonctionner avec beaucoup d’attention.

« Mon grand-père Grégoire Thibeault avait un moulin à scie. Et ensuite, c’est mon père avec ses frères qui l’ont fait fonctionner. Dans ce temps-là, les gens ils faisaient le syndicat, comme on disait. Le moulin était installé en haut des chenaux, je me rappelle j’avais 4 ans pis je regardais toujours sortir le bois. On avait un camp en face du moulin et les gens du syndicat, ils nous amenaient leur bois avec des chevaux. Dans ce temps-là, le moulin il roulait sur deux quarts ! Un quart de nuit et un quart de jour ! » se souvient Serge Thibeault.

Le travail au moulin n’était pas toujours facile, c’était même la grosse misère de travailler dans le froid, de nuit sur la coupe, et pas toujours très payant. 6 piastres du 1000 pieds de bois scié, dans une bonne journée, on en sortait 10 000 pieds. Et avec ça, il fallait payer les hommes et garder le moulin en condition.

Quand Bernard Thibeault, le père de Serge se décide à vendre le moulin, il n’en reste alors plus que deux à L’Anse-Saint-Jean, celui d’Ernest Boudreault, en arrière de l’église et celui de Guy Perron, en face du garage des Gagné. C’est ce dernier que Serge a acheté il y a un peu plus de vingt ans maintenant.

« Quand je l’ai acheté à monsieur Guy, je savais plus trop comment ça marchait moi un moulin, ça faisait un boute que j’avais pas fait ça! Il m’a dit, c’est pas grave, j’vas te décoller ! On l’a installé tous les deux, en 1993, j’avais pris un mois de vacances. »

Celui qui perpétue en quelque sorte la tradition familiale, voire même celle d’un village, sait bien que les trucs du métier s’apprennent avec les anciens. « Avec les gros biaux, faut que tu te serves de ta tête, sinon c’est impossible. Quand j’ai acheté mon moulin, il fallait que je me fasse une base et j’avais besoin d’un morceau de 18 pieds de long, 10X12. Monsieur Jean-Marie Houde, il était venu m’aider avec son tracteur, et moi je capotais, je me disais comment on va transporter ça ! Il me disait : on force pas après ça ! Petit bout par petit bout … j’ai appris gros avec lui. Aussi, j’ai commencé avec mon parrain Gaspard, ce monde-là, tu les regardais bûcher, c’était d’une beauté ! »

Les moulins comme celui de Serge passaient leur temps à se promener d’un chantier à l’autre. À l’époque, ils appelaient ça des moulins portatifs et on les déménageait avec des chevaux, et puis plus tard avec des snow mobiles. Comme il y avait deux équipes de quart sur les moulins, pendant qu’une continuait de scier, l’autre allait préparer la base pour le nouveau chantier.

Et celui du grand-père Grégoire, qu’est-il devenu ? « Il est d’abord allé à Ferland-et-Boilleau, puis il s’est rendu à Shipshaw. Maintenant c’est un gars de Saint-Félix qui l’a acheté ! Un beau dimanche, je suis allé le voir, c’était bien le moulin de mon grand-père et j’ai vu qu’il était très bien installé. »

L’Arbre à livres fait des petits

Les artistes Nicholas Landry et Cynthia Ratté, en compagnie de Léon Houde, artisan ébéniste.

Grâce au succès du premier « Arbre à livres » installé aux abords du Centre Alpha de La Baie et du Bas-Saguenay en 2015, deux autres « Arbres » ont poussé dans le secteur de Grande-Baie et de Bagotville. Léon Houde, artisan ébéniste et menuisier, originaire de L’Anse-St-Jean, a soigneusement choisi deux énormes souches de cèdre sur son lot de terre et il les a taillées et transformées en « Arbres à livres » avec l’aide et le soutien des artistes Nicholas Landry et Cynthia Ratté. 

C’est un participant du Centre Alpha de La Baie et du Bas-Saguenay qui a eu l’idée du « Phare », nous rappelant le fjord du Saguenay, « l’Arbre à livres » situé derrière l’école St-Joseph. De plus, le phare, destiné à guider et être un repère pour les bateaux, représente ce symbole en lien avec l’école destinée à guider les élèves et être un lieu de référence. Pour ce qui est du banc « Arbre à livres » installé sur la rue de la Fabrique devant la Maison des familles, celui-ci a la forme d’un grand banc et les jolis personnages dessinés par l’artiste Cynthia Ratté représentent la richesse d’une collectivité qui accueille la différence. Les personnages ont une tête d’animal et un corps d’humain et offrent un aspect humoristique et créatif!

Le Centre Alpha de La Baie et du Bas-Saguenay a organisé l’inauguration des nouveaux Arbres à livres le 8 septembre dernier à La Baie, dans le cadre de la Journée Internationale de l’Alphabétisation.  Nous remercions les conseillers de l’arrondissement La Baie, Luc Boivin, François Tremblay, Martine Gauthier ainsi que le Club Lions La Baie Nord pour leur soutien financier. Ce travail d’équipe rassemble le milieu communautaire et culturel, crée de l’emploi et offre aux citoyennes et citoyens une magnifique structure artistique qui a comme mission l’accès à la lecture et le partage de livres.

Ce projet humanise et rapproche les gens vers une sensibilité et une meilleure perception de l’importance de la culture, du savoir et des arts. Il faut savoir que 53% de la population québécoise âgée entre 16 et 65 ans a de grandes difficultés en lecture et écriture. Même si nos précieuses bibliothèques municipales offrent des services gratuits, les gens peu scolarisés n’y vont pas, pourquoi ? Parce que ces « institutions » sont encore une menace et un système complexe pour une personne analphabète. Ces personnes ne peuvent même pas s’inscrire car souvent, elles n’ont pas deux preuves de résidence et se sentent souvent perdues dans ce milieu.  L’Arbre à livres, lui, offre une liberté, une intimité, un milieu ouvert où on ne se sent pas jugés ni surveillés !

Le centre Alpha offre de nombreuses activités sur le territoire de La Baie et tout le Bas-Saguenay, et se tient toujours disponible à soutenir et aider la communauté, que ce soit par de l’aide individuelle pour remplir un CV ou des formulaires, corriger des textes ou organiser des rencontres de groupe, ou encore réviser et améliorer vos compétences en français et calcul, échanger vos opinions sur diverses thématiques sociales, culturelles, politiques ou encore animer des ateliers (tricots, dessins, développement personnel, etc.). C’est actuellement la période d’inscription pour des sessions d’informatique de base ou de tablette intelligente.

Pour rejoindre le centre Alpha de La Baie et du Bas-Saguenay, composez le 418 697-0046

Aller au bout de soi

La forêt du Bas-Saguenay est dominée par les conifères, parsemée de bouleaux, d’érables et autres feuillus. En hauteur, on y retrouve une flore arctique. Les hautes montagnes alternent avec le creux des vallées. Très souvent, on y croise une source d’eau, un ruisseau, une rivière, un lac, et ultimement, sur les plus hauts sommets de cette partie de la chaine des Laurentides, on peut y apercevoir le fjord, majestueux.

La température fréquente régulièrement les extrêmes. Les paysages qui s’offrent aux marcheurs sont souvent fabuleux, se présentant comme des tableaux grandioses. Sans parler de l’odeur des bois et des couleurs variant avec les saisons.

Mon père est de la race des coureurs des bois. Il connait la nature et sait qu’elle mérite respect. Peut-être a-t-il du sang amérindien qui coule dans ses veines comme la sève coule dans l’érable. À 84 ans, il lui arrive encore d’arpenter ces montagnes. Il s’oriente parfois selon leurs formes; il n’est pas de la génération des GPS.  Souvent seul, sac sur le dos, il part à la poursuite de lièvres, de perdrix et parfois d’orignaux. Il connait toutes les pistes et traces laissées par les animaux.

Il n’hésite pas à taquiner la truite lorsque l’occasion s’y prête. Il connait les lacs, les fosses où le poisson se concentre. La pêche était souvent joyeuse et abondante quand nous étions jeunes. La truite fraiche roulait dans la poêle comme disait notre mère.

Mon père avait bâti une cache avec des troncs d’arbres. À l’intérieur, on y trouvait un lit de fortune, recouvert de sapinage, et des rondins de bois en guise de petits bancs. Ce qu’il aimait surtout était de se retrouver sur cet immense territoire, en faire partie intégrante et s’harmoniser au rythme de la nature. Pas besoin de super technique de méditation ou d’hyper entrainement. De retour à la maison, il ramenait imprégné sur lui, l’essence des sapins qui réveille encore ma mémoire olfactive.

Mon oncle Marcel fait aussi partie de ces hommes, instruits de la nature, par l’intelligence de la vie, nourris par leurs sens, les observations, interprétations et analyses des signes que cette forêt leur transmet.

Le 1er février 2004, par un beau dimanche, alors âgé de 70 ans, il décida d’aller faire une randonnée en raquettes dans la forêt de Saint-Félix-d’Otis. Il prit la route vers 10 heures le matin, seul, ayant pris soin d’avertir la famille qu’il serait de retour en début d’après-midi. Empruntant le vieux chemin qui le conduisait jusqu’à son sentier de départ, il stationna son auto en bordure de la route. Il reconnaissait le trécarré, le petit lac… Cet endroit lui était familier.

Comme hobby, mon oncle fabriquait des genres de petites coupoles ou « cups ». Il les tailladait à même des excroissances qui poussaient sur le tronc de certains arbres. Il en creusait le centre et l’objet prenait vie devenant un petit récipient qui servait à s’abreuver aux cours d’eau. Il choisissait l’essence des arbres : le tremble, le bouleau et le merisier étaient ses préférés. Une fois sablés et vernis, on pouvait y percevoir les nervures et caractéristiques du bois. Il revendait parfois ces petites écuelles originales et uniques ou les offrait en cadeaux. C’était le but de l’expédition : trouver des nœuds dans le bois.

Il entra donc dans la forêt, en tricotant à travers les bois, comme il dit, en côtoyant les montagnes à travers les arbres. Sur lui, un couteau, un sifflet, et un briquet, pour cette courte randonnée. Mon oncle ne portait pas de montre. En fin d’après-midi, absorbé par ses découvertes, il s’aperçut que le jour tombait et qu’il devait rebrousser chemin dès l’instant mais voilà, refaire le chemin en sens inverse, en suivant les traces laissées par ses raquettes ferait en sorte qu’il se ferait surprendre par la noirceur. Il décida de couper court par un autre chemin, contourner le petit lac…  Mais le chemin le plus court dans les bois n’est pas toujours celui qui y parait.

Après ce qui lui sembla une éternité, il croisa des traces de raquettes. D’autres raquetteurs sont passés par ici? Ou seraient-ce les siennes? Tournait-il en rond? Quel chemin prendre maintenant? En sueur, la fatigue aidant, le stress s’ajouta à la situation. C’était la brunante. Il faisait de plus en plus sombre et de plus en plus froid. Ses vêtements étaient humides et son corps transi. La noirceur ayant pris toute la place, il avait perdu tous ses repères. Encore quelques pas, puis il se retrouva au sommet d’une montagne escarpée, « coupée carrée » comme dit mon oncle. Décontenancé, il pensa à en refaire le tour mais il était épuisé. Il décida de s’asseoir sur ses raquettes et de s’en servir comme traineau dans cette pente abrupte. Il se retrouva enterré sous la neige, ayant évité de justesse les rochers qui pointaient, les vêtements et le corps imbibés de neige glacée, les mitaines mouillées, le pouls rapide, la respiration haletante, saccadée, superficielle, la peur au ventre.

Il se redressa et recommença à marcher. La neige craquait sous chaque pas hésitant, sur ce terrain dénivelé, les genoux manquant fléchir à chaque avancée, sifflant à l’occasion, au cas où on l’entendrait. Le soleil couché, la noirceur l’enrobait, il faisait froid, ce froid qui transperce les os, et pourtant il transpirait.

Puis il se retrouva face à une étendue glacée. Avançant plus péniblement, le bout de sa raquette se prit dans les chicots de bois d’un barrage de castor. Il tomba, les deux bras dans la neige, face contre terre, prisonnier, transi par le froid. À cet instant, il pensa qu’il allait mourir, le cœur battant, tremblant, les doigts et les pieds gelés, tenaillé par la faim et la soif, les vêtements durcis par la neige glacée. Il se releva lentement, péniblement…

Plus jeune, l’homme avait déjà survécu à une autre situation. Parti par une belle journée d’automne, avec un compagnon de chasse, ils s’étaient fait surprendre par les premières neiges, et de surcroît, toute une tempête. Incapables d’avancer, ils avaient dû se résigner à coucher dans la forêt. Adossés à un arbre, face à la lune, ils avaient fabriqué un abri de fortune. Ce n’est que le lendemain matin que l’on parvint à les retrouver. Mais cette fois, il était seul face à la nature.

Il reprit donc son chemin. La lueur de la lune laissait entrevoir la silhouette d’un animal le regardant fixement, immobile, massif. Les deux s’observaient. La vue un peu brouillée, altérée par le froid, difficile à différencier; était-ce un lynx, un loup ou un coyote? La bête était aux aguets, les sens affutés, l’homme aussi. Il pensa au sifflet qu’il avait sur lui; au son aigu l’animal s’enfuit… ou peut-être était-il encore là, tapi, toujours à l’observer dans le silence et la pénombre, vulnérable.

Marchant sur la rive du lac, d’un pas pesant, les pieds trainants, il croisa alors un chemin damé. Quelle direction prendre? Partir vers la droite ou vers la gauche ? Quel est le chemin le plus court? Tout à coup, des lumières passent, il s’agit de motoneiges. Peut-être qu’on le recherche.

Aux abords de la nuit, il est épuisé, gelé, déshydraté, sent difficilement ses jambes mais il faut continuer d’avancer, enfonçant parfois dans la neige. Au loin, une lumière, elle deviendra son phare, sa lueur d’espoir. Cette lumière le conduira à une maison de campagne. Il frappa à la porte.  « Je suis perdu. Pourrais-je me réchauffer un peu et téléphoner à ma famille? »  L’homme qui l’accueillit lui raconta qu’il était au courant qu’on le recherchait puisqu’on en parlait aux nouvelles.

Il est minuit. Les ambulanciers le conduisirent à l’hôpital, en hypothermie. Il avait passé 12 heures, en pleine forêt, en plein hiver. Il avait fini par retrouver son chemin, seul. Longtemps il en a rêvé par la suite, s’éveillant en pleine nuit, aux prises avec des idées cauchemardesques. Il s’est sorti de cette situation à grands coups de courage et de détermination.

Les troubles de langage de Philippe

Mon amie Jojo me racontait que Philippe, un de ses petit-fils, suivait de fréquentes sessions avec une orthophoniste et que, bien que dispendieuses, elles aidaient à mieux le comprendre lorsqu’il parlait. Mais elle continue à trouver qu’il s’exprime avec de drôles de croassements dans la voix, comme ceux de Donald Duck, personnage bien connu de Disney.

Elle savait que la mère de Philippe le plaçait souvent devant le téléviseur avec la cassette du Monde de Disney où Donald le canard faisait une multitude de pirouettes pour épater sa blonde, le tout dans une cascade de folies plus invraisemblables les unes que les autres et avec un langage de canard. Ces moments de gardiennage par Walt Disney, permettaient à la maman de relaxer.

Mon amie Jojo ayant écouté cette cassette avec son petit-fils qu’elle gardait, y a trouvé des similitudes avec les balbutiements de Philippe. Elle a alors jeté ladite cassette à la poubelle en espérant que cette écoute précoce pour un enfant en bas âge ne lui cause pas trop de problèmes de développement du langage.

Eh bien oui…. Philippe était incapable d’apprendre à parler normalement. Sa mère demanda à ses ainés de cesser de parler pour lui, car elle croyait que c’était ça le problème. Jojo elle était persuadée que le problème venait du contact précoce de Philippe avec le téléviseur et avec la cassette de Disney qui avait été longtemps la gardienne de Philippe.

En fait, tous les intervenants de la santé sont d’accord pour dire, qu’aucun enfant de moins de deux ans, ne devrait avoir accès à des émissions où le mouvement est rapide et dans lesquelles le montage est serré et surexcité.

À toutes les nouvelles mamans, Jojo voudrait dire : Oubliez la télévision pour votre jeune bébé, les émissions diffusées vont vous apporter bien du trouble plus tard.  Il vaut beaucoup mieux, leur lire des histoires, leur parler clairement, tout ça pour un développement de leur langage, mais aussi de leur intuition naturelle que des émissions télévisées à répétition leur enlèvent.

Pour en revenir à Philippe, c’est par de nombreuses heures auprès d’une orthophoniste qu’il a fini par s’exprimer plus couramment. Pour certaines personnes qui le côtoient, son langage est encore incompréhensible et elles lui font répéter souvent les mêmes phrases pour comprendre ce qu’il dit. Il s’en tirera tout de même bien dans la vie, car il est intelligent. Mais ses problèmes scolaires actuels lui viennent de ses difficultés à lire, à parler clairement et à écrire car dans sa tête, il doit traduire constamment de son premier apprentissage du langage à celui qu’il parle maintenant.

Parce qu’il n’y a pas juste une façon d’être un humain !

« Quoi ? Non … Pas vrai ! Une fille de L’Anse qui écrit une série télévisée pour Radio-Canada … diffusée à une heure de grande écoute ! … » Le regard dubitatif et le sourcil circonflexe de cet ancien de l’école Fréchette en dit long, premièrement, sur l’image qu’il a du milieu où enfant il a usé ses jeans, et finalement, sur l’estime qu’il a de lui-même ! L’envie de démontrer que oui, on peut sortir de la plus petite polyvalente du Québec sans pour autant y perdre tous ses talents, a donc inspiré cette rencontre avec Marie-Andrée Labbé, scénariste pour Radio-Canada et ancienne élève de l’école Fréchette.

Arrivée de Saint-Siméon à l’âge de 8 ans, Marie-Andrée se souvient de s’être bien adaptée à son nouveau milieu. « J’ai souvent eu l’impression de voir la vie un peu différemment des autres, mais j’ai toujours trouvé que c’était une force. Sans doute parce qu’à la maison, la liberté au niveau de mon imaginaire, l’espèce d’univers parallèle qui se créait dans ma tête, cela a toujours été très encouragé. Du coup, cela m’étonne quand la différence n’est pas acceptée », insiste celle qui a justement composé le scénario de la série « Trop » autour de ce thème.

Pourquoi avoir peur de la différence ? Quel intérêt il y a à tous vouloir se ressembler ? Comment les gens ne peuvent-ils pas eux-mêmes se sentir uniques ? Toutes ces questions ont inspiré la scénariste de 35 ans, et puisqu’au Québec, une personne sur 4 vit ou vivra un trouble de santé mentale, l’idée d’aborder la différence autour de la bipolarité d’un de ses personnages s’est tout naturellement développée.

« Quand j’écris, mon plaisir c’est d’inventer. Mes personnages, pour une raison que je ne m’explique pas, m’éloignent parfois du scénario que j’avais tout d’abord imaginé. Il faut savoir se laisser porter et s’étonner soi-même. Mais ce qui est certain, c’est que je voulais parler de deux sœurs, originaires du Saguenay. Puisque chacun a quelqu’un de différent dans sa famille, en regardant « Trop », je voulais que les gens se reconnaissent aussi. »

Mais ces deux sœurs sont-elles si différentes ? Leur générosité, cette sensibilité à toute épreuve, le fait d’être à l’écoute, d’être porté naturellement vers l’autre, c’est très saguenéen finalement. Marie-Andrée se rappelle : « Quand je suis arrivée à Montréal à 17 ans pour étudier en communication, c’était difficile pour moi de ne pas accueillir des sans-abris chez nous, je trouvais cela épouvantable, toute cette indifférence. On n’apprend pas à être un bon humain sur un tableau d’école, on le vit dans une communauté. À L’Anse-Saint-Jean, c’est un cadeau que l’on a et il faut que les jeunes en soient conscients et en profitent. Et bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut ressembler à son voisin pour autant. Il faut se trouver une passion, le bonheur vient de la passion. »

Celle qui le soir rentrait vite après l’école chez elle pour regarder la télévision sait de quoi il en retourne. « Je me suis battue pour expliquer que c’était ce que je voulais faire dans la vie, il a fallu y mettre du temps et des fois, il faut risquer de faire rire de soi. Il y en a qui vont s’éclater à jouer du tuba, ça se peut que ça dérange tout le monde, ça se peut que les autres essayent de le décourager, mais si lui, il est bien quand il en joue, il va se donner un outil de plus pour être heureux dans la vie ! »

Marie-André Labbé tient enfin à remercier Diane Houde, sa professeure de 6e année. « C’est la première personne, après mes parents, qui me disait que j’avais du talent. Je me souviens très bien que cela a beaucoup forgé ma confiance ! »

Nécessaire culture

Crédit photo : John Ashpool

La culture, c’est l’homme. Du prendre soin du champ (le mot latin “cultura” vient du verbe “colere” signifiant “cultiver”, “soigner”) au prendre soin de l’âme, il n’y avait qu’un pas, franchi par Cicéron. La culture, au sens large, est l’ensemble complexe “des manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées”* qui se transmettent à l’intérieur d’une communauté humaine et qui distinguent celle-ci des autres. Autrement dit, la culture comprend “les aspects plus désintéressés et plus spirituels de la vie collective, fruits de la réflexion et de la pensée « pures », de la sensibilité et de l’idéalisme”* : les connaissances, les croyances, l’art, le droit, les valeurs, les coutumes…

À travers la culture, l’homme tisse et enrichit son lien social aux autres.

Au village, la pharmacie, le garage, l’épicerie, le centre médical constituent autant d’espaces utiles à la vie pratique des habitants. Et puis il y a la municipalité, lieu de l’organisation, l’école, lieu de transmission et d’apprentissage, l’église, traditionnellement lieu de partage spirituel, le restaurant et le café, lieux où la nourriture n’est pas uniquement matérielle. Dans un village, quand l’école puis le café ferment, généralement en dernier, après les autres commerces, c’est le signe que le village est mort. Les habitants y vivent désormais côte à côte, dans l’isolement que crée l’absence des lieux de rencontres, faisant leurs courses à l’extérieur, travaillant au dehors, rentrant juste le soir pour dormir. La vie se borne désormais à être fonctionnelle. Le voyageur, n’y trouvant pas de halte, passe sans s’arrêter avec cette sensation de froid un peu triste qu’on a en traversant un village désert.

La culture, c’est tout ce qui dépasse le cadre des échanges liés aux contraintes de la survie ordinaire. C’est la crème sur le lait, les fleurs dans la maison : le meilleur de nous-mêmes.

Il est important qu’existent des lieux de partage social aussi simples qu’une boulangerie, un marché ou un café, important qu’existent des lieux et événements où le sport rassemble, et qu’au printemps s’animent les chalets autour de l’érablière pour les parties de sucre. Il est tout aussi important qu’existent et perdurent des lieux plaçant la culture en leur centre, pour montrer, fêter et partager les œuvres de l’esprit et de la sensibilité. Pour susciter et stimuler réflexion et création et que s’exprime et se développe un regard singulier sur le monde.

La culture élève l’homme au-dessus de l’espace mercantile où le système du tout économique a tendance à le réduire. Elle rappelle, le mettant en lumière, cet espace intérieur, libre et gratuit que l’on a tous en nous. On se pose des questions sur ce qu’on vit et ce qu’on veut, on cherche, on invente, on projette, on crée du sens, de l’autonomie et de l’identité. Et l’on partage cela pour ouvrir ensemble le monde sur un horizon qui n’est plus seulement horizontal. Une bibliothèque, c’est un plus ; un Cercle de fermières, c’est un plus ; une école de musique, c’est un plus ; des espaces où l’on accueille concerts ou expositions sont des plus.

Pratiquer la musique, danser, chanter, tisser, écrire, apprendre, fabriquer de ses mains, admirer, seul et ensemble, trouvent leur nécessité dans le simple constat que cela allume notre flamme, et cela rend heureux de se sentir vivant. Un conteur qui transmet les images de son enfance, se fait le boulanger de notre cœur et de notre âme. La culture, c’est de la nourriture permettant d’épanouir son humanité. Elle réveille notre capacité à nous émerveiller, à regarder du côté où le soleil se lève. La culture, c’est “la réponse naturelle de l’homme au cadeau de la vie”, me disait un ami.

En se souvenant de notre histoire, en valorisant le patrimoine, le territoire, en stimulant les talents, on crée de la profondeur. On choisit une vie réelle en volume plutôt qu’en 2 D. On se sent fier et impliqué.

Alors, qu’est-ce qui caractérise la culture de nos villages ? Dans quelle tradition et quels savoirs s’inscrit-elle ? Et comment l’inscrire dans l’ici et maintenant pour continuer de transformer et d’innover ? Comment la stimuler, la mettre en avant, la magnifier, la faire connaître ?

Autant de pistes à creuser et fertiliser.

Car un village où vibre une culture vivante attire le monde. De près et de loin. Et toute la communauté en profite.

* Guy Rocher, Introduction à la sociologie générale, Éditions Hurtubise HMH ltée, 1992, Montréal.

L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne*

Tout l'été des spectacles d'impro ont été présentés au Bistro de l'Anse

La culture en région, loin des foules, des salles de spectacles ou des musées, a-t-elle la possibilité d’exister ? Au Saguenay, en est-on réduit à développer une culture du tourisme à l’image de ces spectacles de la Fabuleuse accueillant dès les premières lueurs du petit jour les immenses cheminées des bateaux de croisière ? La culture se conjugue-t-elle uniquement au passé ou a-t-elle d’autres avenues à proposer ? Avec ce dossier, il s’agit de faire le point sur la culture et les impacts potentiels qu’elle pourrait avoir sur le développement régional. En interrogeant différents acteurs du milieu, on s’aperçoit que le mot culture rime souvent avec ouverture, curiosité, rencontre, découverte. Alors puisqu’il parait que la culture, c’est ce qui nous définit, allons voir un peu de quoi est faite celle du Bas-Saguenay.

La culture, c’est donc l’expression d’une communauté. Si chaque village du Bas-Saguenay possède sa couleur particulière, l’ensemble a une histoire commune : l’époque des moulins à bardeaux, le temps où les hommes partaient tout l’hiver dans le bois pour des peanuts et revenaient à la maison au printemps, faisaient des enfants et passaient l’été dans les champs, les veillées, les corvées, les parties de sucre et la saison des tartes aux pommes, toute cette histoire collective crée un lien culturel très fort.

La culture, une rencontre.

Pour Philôme La France, directeur de la programmation au Bistro de L’Anse, le beau défi que doit relever le Bas-Saguenay, c’est de créer une rencontre entre les nouveaux arrivants et les gens de la place. « L’édito de Jacinthe Croteau dans le dernier numéro du Trait d’Union en est un bel exemple. La découverte du patrimoine oral par une nouvelle arrivante. Il faut trouver des moyens de créer ces rencontres-là, de les forcer même, que les gens apprennent à se connaître. Il faut trouver des façons de faire vivre la culture locale, elle ne meurt pas mais est en déclin relatif, elle perd de l’importance, des personnes âgées disparaissent chaque semaine. Alors, il faut faire vivre ces gens-là, même au-delà de leur décès, garder leur histoire en mémoire pour qu’elle se transmette et que les nouveaux arrivants puissent se l’approprier. Le but ultime, c’est qu’il y ait une réunion et qu’éventuellement émerge une nouvelle culture, fruit d’une rencontre entre la culture plus urbaine et la culture du Bas-Saguenay. »

Nouvel arrivant à L’Anse-Saint-Jean et homme de théâtre, Christian L’Italien abonde dans le même sens : « Ici à L’Anse-Saint-Jean, on est actuellement en équilibre, avec une proportion de 50-50 entre les gens de la place et les nouveaux arrivants, alors avant que l’un embarque par-dessus l’autre, c’est le moment idéal pour qu’un rapprochement se mette en place, que tout cela se mélange et qu’ainsi on forme une communauté plus solide. »

La culture, un univers de possibilités

À peine revenu dans la région, – ce natif du Bas-Saguenay est allé, comme tant d’autres, vivre sa jeunesse à Montréal –  il propose au Bistro d’organiser cinq soirées de théâtre d’impro. L’accueil du public a été plus que positif. Peu de touristes dans la salle mais essentiellement des gens du Bas-Saguenay, curieux, intrigués qui ont apprécié de voir autre chose, de rire, et qui se sont même dit que peut-être, ils aimeraient, qui sait, pourquoi pas … se laisser tenter à faire de l’impro ! En organisant une ligue dès cet automne, Christian L’Italien a ainsi le doux sentiment de participer, à sa façon, au bonheur de la collectivité.

« L’impro, c’est un univers de possibilités offert à tous, de 7 à 77 ans. Je ne compte plus le nombre d’ados qui se sont découverts, sont passés de gênés à épanouis, populaires, dont les notes ont augmenté. La culture, c’est aussi un outil de développement personnel. »

Christian L’Italien regrette cependant qu’au Bas-Saguenay, « la culture mise de l’avant semble principalement être une culture touristique. On vend les paysages, les activités sportives, de plein air, mais j’ai l’impression qu’on oublie un peu ceux qui habitent ici, au profit de ceux qui sont de passage. Pourtant, c’est d’autant plus important, pour des milieux visités comme le nôtre, qu’il y ait une culture vivante, que les gens qui ont des talents artistiques ne soient pas obligés de sortir du village, que l’on soutienne des initiatives telles que l’école de musique par exemple. Et les gens viendront ici, non seulement pour voir le fjord, mais également pour profiter d’un spectacle de blues ou d’un festival de contes. »

La culture, un outil de cohésion sociale

La culture fait partie du quotidien, l’embellit même, elle se nourrit de la vie du village pour ensuite en nourrir ses habitants. Pour Dolande Fortin, instigatrice du Regroupement des Artistes et Artisans de Rivière-Éternité (RAARE), la culture a aussi un rôle important à jouer au niveau de la cohésion sociale d’une communauté. « La mission première du RAARE, c’est de permettre l’évolution personnelle de chacun sous toute forme d’art. La chorale, elle n’est pas parfaite mais elle fait du bien aux gens qui, tous les vendredis soirs, s’en vont pratiquer. Et pendant qu’ils chantent, ils amènent leurs enfants qui jouent dehors à la patinoire … tout le monde se retrouve ensemble ! »

Avec les Journées de la Culture, le comité RAARE essaye toujours d’innover et de voir ce qui pourrait intéresser les gens de la communauté. Les enfants ne savaient pas ce que c’était que la courtepointe, même si cela fait partie de l’histoire de leur village. Il y a deux ans, une telle activité a donc été proposée aux élèves de l’école. Les jeunes développent ainsi un sentiment d’appartenance en découvrant des techniques que leurs grand-mères utilisaient. Cette année, il y aura de l’initiation à la danse contemporaine. Tout le mois de septembre, deux mamans de l’école vont venir donner des ateliers de danse et un spectacle sera présenté dans le cadre des Journées de la Culture.

Dolande Fortin précise que « la semaine suivante, au programme du Symposium, il y aura Barbara Diabo, une danseuse contemporaine autochtone et une dizaine d’enfants vont pouvoir se joindre à son spectacle. Ici, on a un merveilleux exemple de comment la culture peut s’intégrer dans la communauté et vice versa. Ce n’est plus juste une population qui va voir un spectacle, c’est une population qui participe au spectacle. Cela permet de bâtir des communautés vibrantes et en santé. En plus ici, la culture québécoise rencontre la culture des premières nations. La culture, c’est vraiment une histoire de rencontres, d’ouverture sur les autres ! »

Même son de cloche à Saint-Félix-d’Otis où tout l’été, des spectacles gratuits ont été offerts à la halte routière. Brigitte Simard, nouvelle recrue en tourisme et développement pour la municipalité, constate le succès de telles initiatives : « Avec les 7 jeudis, on a attiré un public intergénérationnel. Les gens ont chanté, dansé, réagi, ils ont été touchés et puis surtout, ils étaient contents de pouvoir le vivre avec d’autres personnes, leurs voisins, des gens qu’ils n’avaient pas vus depuis longtemps, des visiteurs de l’extérieur, des gens d’autres villages. Et c’est ça la beauté de la culture, ce n’est pas quelque chose que tu mets dans une boîte, ce n’est pas quelque chose qui est défini, c’est quelque chose qui devient la personnalité d’un milieu, un peu comme une mosaïque à laquelle chacun participe à sa façon. Si, en tant qu’agent de développement, on est capable de laisser vivre ça, de créer ces lieux de rencontres, on aura rempli notre rôle, je crois ! »

Le vieillissement de la population est un fait établi, particulièrement en milieu rural. Les avenues deviennent alors plutôt simples à envisager en matière de développement : il faut savoir attirer du monde de l’extérieur tout en donnant la possibilité aux jeunes d’ici de rester. Et la culture a un rôle primordial à y jouer. Philôme La France le voit chaque été avec la vente en ligne des billets pour les spectacles du Bistro, où près de la moitié sera achetée par des gens de l’extérieur du Bas-Saguenay. « Je pense que les milieux ruraux du Québec doivent adopter des stratégies de développement culturel pour pouvoir profiter des gens qui viennent de milieux urbains et qui recherchent un endroit où s’établir en campagne. Il y a beaucoup de gens qui ne rêvent que de ça, mais il y en a très peu qui passent à l’action. Si on est en mesure d’offrir un milieu de vie dynamique, avec une vie culturelle intéressante, c’est beaucoup plus facile d’attirer ces gens-là ! Cela permet aussi de développer le milieu lui-même, au-delà des nouveaux arrivants. La culture stimule l’étonnement, diversifie les intérêts, et du même coup, elle peut être un vecteur de changements, juste par le fait que les gens deviennent plus curieux, elle leur ouvre de nouveaux horizons, les amène à concevoir des projets originaux. »

Nos milieux sont-ils prêts à ouvrir en grand les fenêtres pour accueillir de nouvelles idées, de nouveaux projets ? La peur de l’inconnu peut paralyser bien des élans, et trop souvent on préfère rester accroché à ce que l’on connait plutôt que de partir à l’aventure. Transformer un ancien presbytère en maison de la Culture, accueillir en résidence des artistes qui viennent ensuite former de jeunes élèves, relancer le cœur du village avec un marché public, inviter la population à se retrouver tous les jeudis autour de concerts gratuits donnés par des artistes de talent, non le milieu du Bas-Saguenay ne semble pas peureux, il parait même s’être dirigé sur une belle avenue. Il ne reste qu’à souhaiter encore et encore de nouveaux projets, de nouvelles idées, et de joyeux lurons qui viendront nous sortir de notre zone de confort pour nous faire bouger, chanter, créer, évoluer … être en vie quoi !

*Merci à Ariane Moffatt pour l’inspiration de ce titre.

Au Mont-Édouard, de belles nouveautés pour encore plus de plaisirs

L’équipe du Mont-Édouard n’a pas chômé cet été, et dès le début de la saison, plusieurs belles surprises seront au rendez-vous. Dans nos secteurs de haute-route, un nouveau sentier d’ascension partant de la piste familiale pour se rendre dans la Vallée des Géants a été aménagé, afin d’éviter la rencontre des skieurs et des motoneigistes. Le tracé du sentier d’ascension de la Vallée des Géants a également été amélioré. Les amateurs de poudreuses seront comblés. En effet, le domaine skiable du secteur du Pic de la Grive a été aménagé et offre maintenant quatre fois plus de territoire de glisse. Et pour ceux qui voudront faire une pause, les refuges sont agrandis et améliorés.

Du côté du ski de fond, une excellente nouvelle, puisqu’en partenariat avec la fondation du Grand Défi Pierre Lavoie, la station disposera d’une flotte de 60 équipements de ski de fond qui pourront être prêtés gratuitement aux jeunes et autres utilisateurs.

2017 sera l’année de consécration de notre piste de compétition. Les travaux de préparation sont maintenant terminés. Elle est homologuée par la Fédération Internationale de Ski (FIS). Plusieurs camps d’entrainement s’annoncent déjà tout au long de la saison et un événement majeur se tiendra au Mont-Édouard. Le Critérium provincial U16 réunissant 160 coureurs et 60 entraineurs se déroulera du 23 au 28 février 2018. Cette finale provinciale accueillera des athlètes qui proviennent de partout au Québec. C’est une épreuve de sélection qui déterminera les jeunes québécois qui nous représenteront au championnat canadien.

Ceux qui sont passés par la station cet été ont certainement remarqué qu’une aire de jeux pour les enfants est maintenant installée près de la piscine avec l’ajout de terrains de pétanque. Sur les terres du Mont-Édouard, en partenariat avec la corporation des Sentiers des Vingt-et-un, le développement des sentiers s’est poursuivi offrant un domaine exceptionnel aux amateurs de vélo de montagne de type enduro.

Le Mont-Édouard se développe toujours avec l’objectif d’être un partenaire actif en encourageant le déploiement des saines habitudes de vie par la pratique du sport.

Du nouveau mais aussi de la continuité.

Comme chaque été, l’entretien de la montagne et des équipements s’est effectué avec rigueur afin d’être prêt à recevoir les nombreux visiteurs. Soulignons également que la gratuité est toujours en vigueur pour les jeunes du Bas-Saguenay de moins de treize ans.

Ski alpin, planche à neige, ski de fond, télémark, raquettes, glissades en tube, patinoire, ski de haute route, vélo de montagne, volley ball, pétanque, randonnée pédestre : le Mont-Édouard, une montagne de plaisirs.

Du changement à la municipalité de Petit-Saguenay

Une nouvelle recrue vient de rejoindre l’équipe de la municipalité de Petit-Saguenay. C’est ainsi qu’en août dernier, André Simard acceptait avec enthousiasme et détermination le mandat d’accompagner la municipalité saguenoise dans son développement.

En effet, après avoir occupé le poste de chargé de projet, puis de directeur du développement durant 7 années, Philôme La France quittait le 1er septembre ses fonctions, afin de mettre en place de nouveaux projets professionnels et personnels.

La relève est de qualité puisque André Simard, originaire de La Baie, décline un curriculum vitae des plus impressionnants : diplômé en géographie et en administration de l’UQAC, directeur pendant 12 ans de deux stations de ski de la région et directeur général du CLD de la MRC de Charlevoix pendant 15 ans.

Celui qui possède une vaste expérience dans le domaine du développement économique et social, ainsi que dans la gestion de projet, mettra donc ses compétences au service de la municipalité et des gens d’affaires de Petit-Saguenay.

De nombreux dossiers l’attendent sur son bureau, tels que le développement du quai, dont l’étude environnementale pour le réaménagement est maintenant terminée. Il semble d’ailleurs qu’aucune contrainte sérieuse n’empêche la réalisation du projet. Une révision des composantes de ce même projet est prévue pour les prochains mois, et l’étape suivante consiste donc à l’obtention du financement nécessaire.

L’administration du CDE fera également partie des tâches de monsieur Simard, avec la supervision budgétaire de la corporation, l’appui aux entreprises dans leurs actions de démarrage et la collaboration avec le conseil municipal dans le cadre d’activités socio-économiques.

Pour faire suite aux discussions et propositions formulées lors du sommet économique du printemps 2017, l’accompagnement des entrepreneurs locaux dans leur projet d’affaires sera une des priorités du nouvel administrateur. En effet, la recherche de programmes de financement est une aide de première importance pour la création de nouvelles entreprises.

Enfin, le 100ième anniversaire de la municipalité sera célébré en 2019, et la création pour l’occasion d’un comité, ainsi que la signalisation touristique complète le tableau des mandats attribués à la nouvelle recrue. Ce dernier projet, qui sera réalisé en deux phases, est structurant pour l’ensemble de l’industrie touristique de Petit-Saguenay. Il permettra d’accroître la fréquentation de nos entreprises et la visite de nos sites touristiques.

Magella Gilbert, l’enfance heureuse sur le bord du fjord.

Magella Gilbert est née le 13 de mars en 1929 à la maison, un médecin était descendu pour accompagner sa mère lors de l’accouchement. Ses parents, Henri Gilbert et Jeana Gauthier, avaient leur ferme à L’Anse à la Croix, là où s’est construit le Site de la Nlle France. « J’étais une prématurée, je pesais un peu plus d’une livre. On m’a élevée dans le four ! » … Quoi ?!… « Ben dans le four, ils ouvraient le panneau du poêle à bois, ils me mettaient sur la tablette là, bien au chaud, dans une petite boîte de carton. Ma grand-mère, quand elle nous le contait, ça loupait pas, à chaque fois elle pleurait ! 1 livre et demi à la naissance, imagine, c’est pas gros ! J’avais juste 5 mois de grossesse et là j’en ai eu 88 ans ! Tu vois comment ça a ben faite ! Nourrie à maman. Le lait, elle le pompait, et elle avait un compte-goutte, elle m’en donnait 2 ou 3. Il était tout petit mon estomac ! Et après, ça pas été long, j’ai profité ! »

De son enfance au bord du fjord, Magella n’a que de beaux souvenirs. Le soir de Noël, elle se rappelle très bien, ils allaient dans une carriole tirée par des chevaux sur le Saguenay. Avec ses deux frères, ils étaient bien installés sous des couvertes, avec des briques chaudes. Puis la famille débarquait dans la batture, juste à la pointe à Baillon, là où le Saguenay était ouvert et que cela devenait trop dangereux pour les chevaux. Le soir, ils visitaient la grand-mère qui habitait La Baie et après tout le monde s’en allait à la messe de minuit. Et ils revenaient chez eux le soir même, sous les étoiles, avec les cadeaux de la grand-mère sous les couvertes, pour arriver aux petites heures du matin à la maison.

« Les plus beaux moments dont je me rappelle c’est quand j’étais avec mon père et ma mère. C’était bon, on pouvait pas avoir mieux que ça. Il y avait une belle ambiance avec mes oncles, mes tantes, il y avait toujours beaucoup de monde dans la maison, beaucoup d’amour aussi, on s’entraidait. C’était beau à vivre. C’est la plus grande richesse qu’il peut y avoir au monde, de se tenir ensemble. Je trouve ça triste toutes ces personnes âgées seules. Ici, à Saint-Félix, j’ai pas rien que mes enfants, le monde de la place, ils savent que j’ai été à l’hôpital cet été, ils me demandent des nouvelles, c’est fin ! Quand je joue au sac de sable, ils vont ramasser mes poches ! Imagine … la chaleur humaine ! On est tous unis, ensemble ! »

C’est à la barrière du Site de la Nlle France que se trouvait l’école dans le temps. Il fallait marcher tous les jours pour s’y rendre. Les jours de congé, Magella et ses deux frères montaient la côte sur le bord de la rivière à la Croix, tout le long en pêchant de belles grosses truites. « Je me souviens j’étripais la truite avec mon couteau de poche, pour donner moins d’ouvrage à ma mère et parce qu’on n’avait pas l’eau courante dans la maison. Quand la truite était plus grosse, maman la salait, elle la coupait sur le dos, puis la déposait sur un rang de sel dans des sciots de bois. Mon père allait de temps en temps en ville, à La Baie. Il allait chercher de la farine, du sucre, des barils de mélasse, mais à part de ça, on avait tout ce qu’il fallait à la maison. On encanait, on salait notre truite, on salait le porc, mon père faisait du bacon, le faisait boucaner. On avait une chambre froide pour l’été. Maman ramassait des sciots de petites fraises, et moi j’ai fait pareil en élevant ma famille. J’ai essayé cette année d’aller en récolter mais j’ai été capable rien qu’une ½ livre. »

Le père de Magella défrichait la terre, faisait son bois. Et les enfants, quand ils arrivaient de l’école et qu’ils étaient assez vieux, ils attelaient les chevaux et ils allaient chercher leur père le soir dans le bois, pour descendre le voyage de bois qu’il avait fait dans la journée. Après ça, la journée était pas finie, ils tiraient les vaches, l’hiver ils allaient chercher de l’eau sur le Saguenay pour les animaux. « On avait pas besoin de la saler de même ! On vivait avec ce qu’on avait tout autour ! Aujourd’hui, c’est une autre façon de vivre, les gens ne savent pas toujours se débrouiller aussi bien avec la nature. »

 » On s’est fréquentés près d’un an et je me suis mariée le 22 juillet 1948, à 19 ans. Le voyage de noces a commencé par St-Siméon. « 

« Mon mari, Isoland Claveau, c’était tout un personnage. Il a même été le chauffeur de la jeune Marina Orsini, quand elle jouait dans la série Shehaweh, à Sainte-Rose du-Nord. Moi j’avais 18 ans quand je l’ai rencontré, il m’emmenait les lettres de mon chum de La Baie. Il avait le bureau de poste chez eux et puis nous autres, on ne montait pas souvent, fait qu’il venait porter la malle, et quand il arrivait, il baraudait autour, pis à un moment donné, ça a faite. Dans ce temps-là c’était terrible, on ne pouvait pas sortir. On s’est fréquentés près d’un an et je me suis mariée le 22 juillet 1948, à 19 ans. Le voyage de noces a commencé par St-Siméon. C’est la première fois que j’embarquais toute seule avec mon chum ! C’était bien je trouve, pour nous autres, c’était nouveau. Aujourd’hui, on dirait qu’il n’y a plus rien de nouveau. »

Le lendemain matin, les amoureux prenaient le bateau de ligne pour monter à Québec. C’était la première fois que Magella se rendait dans cette ville. Ils y ont passé une semaine de rêve avant de reprendre le bateau vers le Saguenay. « Tout le monde nous attendait, ils avaient loué une grande salle, et là c’était une veillée de danse. »

Après avoir noté sa fameuse recette de pâté à la truite, j’ai laissé Magella qui s’en allait retrouver ses petits amis de l’autre bord de la rue, ceux qui fréquentent le service de garde de sa nièce Sylvie. Tous les jours, elle va leur rendre visite, prend souvent une marche avec eux et dit que c’est ça qui la tient en forme. Je crois que je vais prendre cette recette là aussi, parce que ma foi, elle a l’air de fonctionner à merveille !

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