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Entre canne à pêche et caméra à Petit-Saguenay

Un homme tient un micro devant un écran
Emile David, grand gagnant du festival PALM 2025 ©Saumon Québec.

Les 30 mai et 1er juin derniers, les rivières à saumon ont coulé jusqu’aux écrans de Petit-Saguenay, dans le cadre du Festival de films PALM (Pêche À la Mouche). Deux projections publiques — l’une à l’Auberge du Jardin, l’autre au Village-Vacances — ont permis à la population locale de découvrir des courts métrages consacrés à la pêche, au territoire et à la préservation des milieux aquatiques.

Le Festival PALM, organisé par la Fédération québécoise pour le saumon de l’Atlantique (FQSA), propose chaque année une sélection de films québécois célébrant la nature et ceux qui la fréquentent. Parmi eux, Au-delà des Aulnaies, réalisé par Émile David, cinéaste établi à Petit-Saguenay, a remporté le prix principal de l’édition 2025.

Une projection au cœur de la communauté

La projection du 30 mai à l’Auberge du Jardin, initiée par Léa Gilbert-Couillard, biologiste et copropriétaire des lieux, a réuni une vingtaine de citoyens, pêcheurs, cinéphiles et curieux. « C’est mieux de regarder ça ensemble que seul chez soi, dit-elle. C’est une belle occasion de découvrir, d’échanger, de faire des ponts entre générations. »

Ce sont quatre courts métrages qui ont été présentés lors de cette soirée. « Y’avait de tout ! De la comédie, du documentaire et de l’extravagant », conclut un participant.

Émile David était d’ailleurs présent pour introduire son film primé. Né d’un projet plus large mené avec le réseau des ZEC, Au-delà des Aulnaies suit une expédition automnale en canot sur la ZEC de la rivière aux Rats, au nord du Lac Saint-Jean. Le film met en valeur ces zones accessibles où l’on campe, pêche et explore à son rythme.

« On voulait mettre en lumière l’esprit d’aventure, se rendre dans des endroits inconnus, sans attente précise, juste avec l’espoir d’un gros brochet », explique Émile. Il nous raconte la projection de son film au festival PALM, devant 900 spectateurs : « Ce que j’ai aimé le plus, c’était de voir les réactions, les émotions des gens face à certaines scènes. On voyait qu’il s’était passé quelque chose de spécial dans la salle. »

Entre récits et préoccupations

Plus qu’un simple récit d’expédition, le film d’Émile propose un regard personnel sur l’état des rivières à saumon. La rivière Petit-Saguenay, qu’il fréquente occasionnellement, est au cœur de ses réflexions : « C’est l’genre de rivière où faudrait pêcher avec une mouche pas d’hameçon. Ça devrait devenir une rivière de salutation, où on dit juste bonjour aux saumons. »

Toutefois, « leur sacrer la paix aux saumons, c’est leur enlever leurs alliés principaux », dit-il, en référence aux pêcheurs. Leurs contributions et leur vigilance participent à la survie de l’espèce.

Pour Émile, le cinéma peut servir à transmettre un attachement au territoire : « Il faut garder les yeux ouverts sur ce qui nous entoure. » Une idée partagée par plusieurs personnes présentes à l’Auberge, sensibles à l’état des rivières du Bas-Saguenay, souvent méconnu ou difficile à évaluer.

Une rivière en adaptation

Ces préoccupations sont également au cœur du travail de l’Association de la rivière Petit-Saguenay, dirigée par Bastien Gaudreault. Le 1er juin, lors du brunch-bénéfice annuel tenu au Village-Vacances, l’Association présentait Une parmi tant d’autres, un film de Félix Lamoureux, également présenté au festival PALM, qui retrace l’histoire et les efforts de conservation de la rivière.

« On ne prévoit pas une bonne saison de pêche », confie Bastien. Une étude en collaboration avec la FQSA s’amorcera prochainement pour mieux comprendre les effets de la sédimentation sur les frayères. En parallèle, l’Association a mis en place un piège à smolts — jeunes saumons d’environ deux ans rendus prêts à migrer vers la mer — afin d’acheminer les poissons à Tadoussac pour reproduction en station piscicole.

Devant le déclin du saumon, l’Association revoit aussi sa stratégie. Un nouveau site Web est en préparation, et des efforts sont investis dans la mise en valeur des activités d’hébergement (chalets, glamping), de camping et de canot. « Il faut que la rivière continue à vivre dans l’imaginaire collectif, même si le saumon se fait plus rare », résume Bastien.

Ce que les projections de la fin mai ont révélé, c’est qu’il existe encore ici une volonté forte de parler du territoire autrement. Avec sensibilité, avec humour parfois, mais toujours avec l’envie de se rapprocher de ce qui nous lie profondément : l’eau, les histoires, la communauté. Et peut-être, dans les années à venir, que la rivière Petit-Saguenay redeviendra un lieu non pas de prises, mais de retrouvailles.

Agriculture et aire protégée

La Ferme d'en Haut vue d'en haut ! Crédit photo : Yannick Limary

Le fjord du Saguenay et sa région sont reconnus pour abriter un écosystème remarquable. La présence d’un parc national et d’un parc marin au sein de ce territoire permet notamment d’en préserver sa biodiversité et ses paysages naturels. D’un point de vue écosystémique, ces parcs et les communautés qui habitent à proximité sont intimement liés. Ainsi, nous bénéficions des services et des bienfaits que nous rend la nature, mais nous avons également la responsabilité d’en assurer une utilisation durable.

Dans le domaine agricole notamment, les aires protégées favorisent la présence et l’abondance d’insectes pollinisateurs en créant des conditions propices à leur développement. En effet, ces zones offrent une biodiversité accrue, des habitats préservés, une absence de pesticides et une plus grande connectivité écologique. Cette dernière se traduit par un milieu favorable au déplacement des espèces sur le territoire et davantage de diversité génétique. Un écosystème en santé favorise donc la pollinisation des plantes sauvages et cultivées, permettant ainsi de meilleures récoltes!

Les agriculteurs ont aussi un rôle à jouer dans la conservation du milieu naturel. L’agriculture peut d’ailleurs contribuer de diverses façons :

  • Pratiques agricoles durables: adopter des pratiques agricoles durables telles que l’agroécologie, l’agriculture biologique l’agroforesterie, la rotation des cultures et la gestion intégrée des cultures permettent aux agriculteurs de réduire leur impact sur l’environnement. Ces pratiques agricoles se basent sur les processus naturels qui augmentent la résilience des cultures. Cette approche, qui exclut l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques, contribue à la santé des sols et des cours d’eau avoisinants, ce qui profite grandement aux espèces qui y habitent.
  • Maintien de la connectivité écologique: différents aménagements en milieu agricole peuvent faciliter le déplacement des espèces sauvages. C’est le cas par exemple du maintien des bandes riveraines (zones de végétation le long des cours d’eau) de même que l’agroforesterie (plantation d’arbres au sein des cultures agricoles). De cette manière, les terres agricoles peuvent servir de corridors écologiques, favorisant ainsi la connectivité et la diversité géné

En fin de compte, il semble indéniable qu’agriculture et aire protégée sont complémentaires. Ces milieux, tributaires de leur environnement, s’influencent mutuellement et leur rôle est essentiel dans la préservation des écosystèmes de notre belle région. Nous sommes véritablement choyés par nos richesses naturelles et il demeure essentiel d’en assurer la pérennité!

Ciné-Club du Fjord, une première année couronnée de succès     

Les spectateurs de la première soirée Ciné-Club du Fjord
Lors de la soirée inaugurale du Ciné-Club du Fjord alors que le film Les Belles-Soeurs était présenté gratuitement.

L’aventure du Ciné-Club du Fjord a vu le jour grâce à la rencontre de passionnés de cinéma. « C’est un projet qui trottait dans la tête de plusieurs depuis quelques années, et il est certain que sans le travail bénévole et les nombreuses heures investies par notre petit groupe, cette belle aventure ne se serait jamais concrétisée », mentionne justement Alain Héroux, président du comité de bénévoles, qui tient également à souligner ici le soutien de la municipalité de L’Anse-Saint-Jean ainsi que la douzaine de généreux commanditaires locaux, sans lesquels rien n’aurait été possible. À cela il faut ajouter les 64 cinéphiles qui se sont procuré leur carte de membre en début de saison.

Comme on se plait à le dire, quand le fruit est mûr on le cueille. Et c’est en effet un véritable Momentum qui a fait se rencontrer ce petit groupe de passionnés de salles obscures avec les fidèles spectateurs qui à chaque mois remplissaient la grande salle du centre communautaire de La Petite École. « Un rendez-vous qui a su rassembler un public intergénérationnel, de 16 à 80 ans, avec lequel on a pu partager des moments de pure magie, des perles rares teintées d’émotions fortes qui se sont souvent, dans la pénombre de la salle, terminés par des applaudissements spontanés entremêlés parfois de quelques larmes », conclut Alain Héroux heureux et fier de cette première année de projection.

C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que l’équipe de bénévoles du Ciné-Club du Fjord pense déjà à la prochaine année de cinéma ! S’il prend une pause estivale bien méritée, c’est un rendez-vous qu’il nous donne l’automne prochain pour une nouvelle programmation pleine de surprises, de rencontres et de films à découvrir. Forte de cette première année pleine de promesses, la joyeuse équipe pense même programmer davantage de films lors de la prochaine saison. Il y aura une prévente pour les cartes privilège.

Suivez la page Facebook Ciné-Club du Fjord pour en connaître les détails.

L’École de Musique du Bas-Saguenay

des jeunes jouent un morceau de musique

Les 10 ans ça se fête!

Le 10 mai dernier avait lieu, au chalet des Loisirs de Rivière-Éternité, le spectacle de fin d’année des élèves de l’école de musique. Parents et amis étaient présents pour assister aux performances de leurs proches et honorer ainsi le travail accompli.

La soirée fut animée avec brio par Isabelle Lord, présidente du CA de l’école. La programmation variée a permis de voir défiler une quarantaine de musiciens talentueux. Il faut souligner la présence sur scène de groupes familiaux. Que ce soit les Birot (Elven, Maël, Louann et Sébastien) les Boudreault/Lavoie, (Estelle, Siméon, Léonie, Eugénie et Pierre) les Gagnon/ Bilodeau (Anna, Nathalie, Gabrielle et Jean-Nicolas), la musique leur a permis des moments de complicité familiale mémorables.

C’est tout un art apprendre à jouer de la musique en groupe et l’école est fière de donner cette chance aux élèves. Avec d’autres, il faut savoir communiquer, écouter et être ouvert d’esprit ! Cinq jeunes filles ont même relevé ce défi et en créant leur propre groupe. Attention, il a fait l’ouverture de la Crème des Shows au Bistro de la Chasse Pinte l’an dernier. Angélique, Gabrielle, Charlie, Luna et Louann vous êtes un bel exemple de l’impact positif de l’enseignement musical dans notre communauté.

En ouverture du spectacle de cette année, un hommage bien mérité a été rendu à Louann Birot, la plus ancienne élève de l’école de musique. Les deux dernières années, elle a enseigné auprès des tout-petits. Sur scène, elle a exécuté avec fougue durant 9 minutes la Toccata d’Aram Khachaturian ! L’an prochain, elle ira au Cegep et continuera en parallèle sa formation musicale avec celle qui l’a suivie depuis ses débuts, Florence Pez.

L’école peut compter sur un corps professoral compétent et dévoué. Florence Pez enseigne le piano et le violoncelle, Sébastien Blackburn, la basse et la batterie, Sammy Shatner la guitare, le piano, le solfège et la théorie musicale, Jean-Victor Fournelle la guitare, le violon et le ukulélé, Mario Blais le banjo et sans oublier Gabrielle Gagnon, jeune élève devenue professeure de batterie.

En célébrant les 10 ans de l’école, il faut souligner le travail colossal de sa fondatrice, Lyne Morin, appuyée au tout début par Suzanne Marchand et Danaé Noury. Depuis longtemps Lyne caressait un rêve, créer une école de musique au Bas-Saguenay. Elle a porté tous les chapeaux, de la coordination à l’enseignement, en passant par la supervision des spectacles et même le ménage.

La coordination a été assumée de façon bénévole durant 7 ans, et plusieurs personnes ont collaboré à maintenir le projet en vie. Au moins 8 500 heures de bénévolat ont été répertoriées depuis le début de l’aventure. Lors des spectacles, soulignons enfin l’apport indispensable d’Eugénie Lavoie et de Mario Blais, des parents d’élèves qui  participent activement aux campagnes de financement (vente d’agrumes, paniers de Noël). Le financement demeure un élément majeur pour la continuité de l’école qui est en attente de l’ouverture d’un programme de financement du ministère des Affaires Culturelles pour 2026. D’ici là, la situation reste précaire.

Depuis le début, la MRC du Fjord, via le programme Initiatives Culturelles, a permis la réalisation de nombreux projets. Les municipalités du Bas-Saguenay et des entreprises locales apportent également un soutien essentiel. En 2023, une contribution majeure  du député de Dubuc François Tremblay a permis l’engagement d’une coordonnatrice. D’ailleurs profitons-en pour remercier Ève Dandurand et Ismaëlle Delmarco pour leur travail exceptionnel.

Un passé anjenois à découvrir… ou à redécouvrir

Un groupe de personnes qui seront l'inspiration de la prochaine expo au Centre Culturel du presbytère.
Judith Gagné, Gemma Gaudreault, France Verreault, Gabriel Bouchard et Paulin Boudreault vous attendent afin de vous imprégner d’un petit morceau de leur histoire. Crédit photo : Dominic Brassard.

Tout au long de l’année 2024, un sous-comité de PDA (Promotion et Développement de L’Anse-Saint-Jean) s’est attelé à la tâche : son but, mettre en place une exposition permanente de photos anciennes. Cette dernière n’était rien de moins qu’une invitation à voyager dans le temps, une balade au pays de notre histoire anjenoise. Plusieurs d’entre vous en ont d’ailleurs certainement déjà fait le tour l’été dernier.

Pour la saison estivale 2025, ce projet ambitieux développe sa phase 2 avec l’ajout de petites vidéos réalisées l’automne dernier, avec la précieuse collaboration de Marc Perriad, un montréalais offrant son aide bénévole aux municipalités. Ayant passé sa carrière en radio télédiffusion, ce passionné du pouvoir de l’image et de l’énergie des bâtisseurs déployée au début de nos communautés, a permis que « Le projet patrimoine visuel » voit le jour.

Grâce à la générosité de Marc Perriad, ce sont 5 vidéos qui ont ainsi été produites autour de personnes exceptionnelles, d’une grandeur d’âme inspirante pour les générations futures.

Un détour au Centre Culturel du Presbytère vous permettra de connaître une petite partie de leur vie et de leur amour pour L’Anse-Saint-Jean. Notre municipalité ne serait pas ce qu’elle est sans cette passion, qui est transmise de générations en générations.

Soyez au rendez-vous dès la fin de juin et allez faire un tour au Centre Culturel du Presbytère ! Entrée gratuite !

Bertrand Bouchard, défricheur de père en fils !

Un beau bonhomme au sourire radieux
Crédit photo : Milena Meduri

Bertrand Bouchard est né le 6 novembre 1942, dans la maison qu’il habite encore actuellement, la dernière avant d’entrer au Parc national à Rivière-Éternité. « Quand mon père Aquilas Bouchard est arrivé ici avec ma mère, Marie-Anna Bergeron, ils se sont bâtis un petit camp sur le bord de la rivière Éternité. Il a défriché la terre pendant une à deux années, s’est fait un chemin pour monter sur la côte et a construit la maison où on reste maintenant avec ma femme Rosella. »

S’ils se sont rencontrés et mariés à L’Anse-Saint-Jean, les parents de monsieur Bertrand sont partis pour Rivière-Éternité dans les années 30, à l’époque de la colonisation du canton Hébert. « Il n’y avait plus de lot à Périgny, alors il fallait bien s’installer quelque part pour faire vivre sa famille. Les terres de Rivière-Éternité, on les a souvent comparées à des terres de roches, mais nous autres, on a été chanceux, c’était vraiment de la belle terre sur notre lot. » À l’époque, les familles qui partaient ainsi vivre sur de nouveaux territoires, on leur donnait une vache, des graines pour le foin et de la chaux pour équilibrer le pH des terres souvent acides.

Une famille de 10 enfants à nourrir

Photo ancienneavec des parents entourés d'enfants
Aquilas et Marie-Anna dans les années 50, avec quelques-uns de leurs 10 enfants, dont le petit Bertrand tout à droite sur la photo.

Les 7 premières années de leur mariage, Marie-Anna et Aquilas n’arrivent pas à avoir d’enfants. Ils adoptent alors Thérèse. Et c’est ainsi que la famille s’est multipliée, comme si cette première fille avait été l’élément déclencheur d’un véritable baby-boom. Ensuite sont arrivés Georgette, Carmen, Éliana, Eugénie, Jocelyne et Liette, pour les filles; Paul, Valérien et Bertrand du côté des garçons.

« On a tout le temps eu des cochons, une belle truie qui avait 10 à 12 petits, et 7 ou 8 moutons pour la laine. On avait toutes nos légumes pis au mois de mars, on avait hâte d’ouvrir la cave à patates. Une fois que la neige commençait à tomber, il fallait attendre au début du printemps pour la rouvrir. On avait un caveau à côté de la maison, mais rendu à la fin de mars, il restait plus grand chose. Mon père, il avait le pouce vert, dans le caveau, il arrivait à garder les choux tout l’hiver, il les arrachait, gardait la racine et les attachait la tête en bas. J’ai essayé mais j’ai jamais réussi à les garder frais comme mon père. » C’est donc Aquilas qui s’occupait des jardins pendant que Marie-Anna avait de quoi faire avec leurs 10 enfants ! 

Là où il y a maintenant le cimetière, la famille Bouchard avait son champ de patates. « Quand j’étais jeune on sortait des centaines de poches de patates de là. Les voisins, des fois ils en avaient pas alors ils venaient en ramasser pour nous autres et mon père les payait avec des patates ! C’est pour ça qu’au début, quand la Fabrique a voulu acheter un terrain-là pour en faire un cimetière, ma mère ça lui plaisait pas pantoute. »

Souvenir du territoire

Une vue aérienne d'une ferme
La vue aérienne de la ferme de monsieur Bertrand en 1990.

Quand on demande à Bertrand Bouchard quel est son plus beau souvenir d’enfance, il n’aura même pas une seule seconde d’hésitation ! « C’est quand on allait coucher à la baie Éternité. Dès que l’école était finie, vers le 20 juin, on partait là. Y’avait un très beau sentier, un contracteur de l’Anse-Saint-Jean avait faite du bois pis il y allait avec des chevaux. En descendant on prenait de la truite dans la rivière. »

La gang de chums dormait là où se trouve maintenant l’aire de pique-nique. « La première fois que je suis allé là, je devais avoir 8 ans, avec mes chums et mes frères qui étaient plus vieux. On avait juste une toile pour se mettre à l’abri, mais des fois, y’avait des maragouins, on était plus capables de tougher, alors on allait se cacher dans le camp des Gaudreault. » Celui qui se souvient parfaitement de ces moments partagés au pied des falaises du cap Trinité poursuit ainsi : « Le soir y’avait toujours quelqu’un qui passait, le monde venait pêcher à l’entrée de la rivière, des gens de Sainte-Rose-du Nord arrivaient en chaloupe. Une fois on s’est fait prendre par la mer, on pensait pas toujours aux grandes marées de 22 pieds. Ce sentier-là, tant que j’ai pas été marié, je l’ai fait tous les étés ! Le soir, on voyait sauter le saumon à l’entrée de la rivière. On y prenait de la truite et de la loche ! »

La relève de la ferme familiale

Aquilas Bouchard faisait le Syndicat, ça veut dire qu’il bûchait tout l’hiver dans la forêt juste à côté de chez lui et qu’il rentrait tous les soirs à la maison. Son fils Bertrand avait 16 ans quand il a pris sa relève : « Ma 9e année était faite et je devais, à l’automne, partir dans une école à La Baie. Mais là, ma mère me dit : Tu pourras pas y aller cette année. Paul, le plus vieux se marie et ton père est plus capable de faire le Syndicat. C’est toi qui va aller dans le bois. J’avais 16 ans. J’aimais pas ben ça l’école mais j’étais tout le temps le 2e ou le 3e ! C’était en 1958, mon père venait pareil me montrer comment faire les chemins, bûcher avec un cheval. La scie mécanique était arrivée, mais les premières étaient lourdes et pas vraiment solides, les nuts étaient toujours démanchées, trop de vibrations ! »

Celui qui devait retourner étudier l’automne suivant a finalement travaillé pour le Syndicat jusqu’en 1970. « J’ai regretté longtemps de pas être allé à l’école, surtout quand je travaillais au Parc et que je parlais pas un mot d’anglais ! »

Monsieur Bertrand a vu son père travailler fort, défricher, ensemencer, récolter, et c’est sans aucun doute pour cela qu’il a toujours bien entretenu et qu’il entretient encore cette terre familiale. « Je pensais toujours d’avoir de la relève, la relève des jeunes mais c’est l’argent qui runne le monde aujourd’hui ! »

Une nouvelle famille

Photo d'un mariage
Rosella et Bertrand se marient à l’église de St-Félix le 27 mars 1967.

C’est en 1967 que monsieur Bertrand rencontre celle qui deviendra sa femme, Rosella Boudreault. « Je l’ai rencontrée dans le garage chez Jacques. Dans ce temps-là, il y avait là une salle de danse. Je rentre là un soir et Rosella était assise là avec sa sœur. Comment ça se fait que j’ai jamais vu ces filles-là ! Elles cherchaient quelqu’un pour les remonter chez elles à Saint-Félix alors j’ai dit : ben moi je peux ! La semaine suivante, elles voulaient aller au Colibri, je suis allée les chercher… c’est comme ça que ça a commencé. En 1967, on s’est mariés, ça va bientôt faire 60 ans, mais à toutes les fois que je rentre au garage chez Jacques, je pense à ça ! Imagine-toi ! »

Il faudrait certainement écrire bien d’autres chapitres pour passer au travers de tous les projets dans lesquels s’est impliqué monsieur Bertrand. Ce qui est certain cependant, c’est que du sang de défricheur coule bel et bien dans ses veines !

Cultiver l’émerveillement !

groupe de jeunes élèves au milieu d'un troupeau de cochons
Un groupe d'élève avec leur professeur à la Ferme d'en Haut

Les arbres fruitiers sont en fleurs, les pousses vertes et tendres sortent de terre. Le temps de la récolte des têtes de violon comme celle des asperges est déjà derrière nous, alors que les premières laitues et tomates de serre seront bientôt dans nos assiettes ! Le renouveau de la nature que nous offre cette saison de l’année nous rappelle l’importance de s’émerveiller face aux petits et grands miracles quotidiens de la vie.

Semer, cultiver, savourer nous ramène à l’instant présent. Ces savoirs précieux que nos ancêtres connaissaient tous, nous devons souvent les réapprendre aujourd’hui à l’âge adulte. Pourtant, les pratiques éducatives récentes les remettent à l’honneur et nos enfants ont la chance de s’initier à l’agriculture et à l’art culinaire à l’école ou dans les camps de jour!

des jeunes travaillent aux champs
On voit ici de jeunes élèves planter des choux dans les champs.

L’organisme école-famille-communauté qu’est l’AGIR (Action globale et innovante pour la réussite éducative) collabore avec les écoles et municipalités du Bas-Saguenay pour mettre en œuvre différents projets de littéracie agricole et culinaire.

Semer le goût d’apprendre

Les jeunes à la Bergerie St-Antoine à Petit-Saguenay.

Au Bas-Saguenay, nous avons la chance de pouvoir compter sur le travail engagé des agriculteurs et agricultrices qui nourrissent nos communautés d’aliments locaux et sains. Le projet « Semer le goût d’apprendre », s’inscrit directement dans le programme scolaire des écoles, afin de créer un sentiment d’appartenance entre les élèves et leur ferme maraîchère locale. Le projet pilote, qui en est à sa deuxième année, se déploie actuellement à l’école Du Vallon et l’école Saint-Félix. Potentiellement, il sera un jour offert dans toutes les écoles du Bas-Saguenay. À Petit-Saguenay, un lien s’est créé entre les Jardins de la montagne et la classe 3ème cycle de Mme Ariane. Des activités se réalisent au printemps, au début de l’été et en septembre, afin que les élèves puissent découvrir toutes les étapes annuelles du cycle de maraîchage. À Saint-Félix-d’Otis, la classe de maternelle de Mme Caroline est allée à la rencontre des Paysans du Fjord.

Grope de jeunes en classe
Le retour en classe est toujours enrichit des expériences vécues dans les fermes !

Récolter pour offrir!

Grâce au soutien offert par la Table en sécurité alimentaire et lutte à la pauvreté La Baie/Bas-Saguenay, l’AGIR souhaite sensibiliser les jeunes à l’accès aux aliments. Partout au Québec, l’insécurité alimentaire est en hausse marquée dans les dernières années. Dans ce contexte, il semble d’autant plus important d’enseigner aux enfants l’importance de l’entraide, en les sensibilisant au cycle de l’aliment : cultiver, récolter, cuisiner, afin d’offrir à ceux et celles qui en ont le plus besoin. Cet été, tous les camps de jour municipaux du Bas-Saguenay bénéficieront d’une sortie à la ferme. Les jeunes de Rivière-Éternité et Petit-Saguenay seront accueillis par La Ferme d’en Haut, alors que les enfants de L’Anse-Saint-Jean iront à la ferme d’Alpaga Bersi de Saguenay pour y cajoler et nourrir alpagas, lamas, huarizos et chèvres, puis y cueillir des camerises. Les camps de jour de Saint-Félix-d’Otis et Ferland-et-Boilleau auront quant à eux la chance de visiter la ferme Solidar. La plateforme Solidar cultive des légumes qui sont destinés au don alimentaire et distribués dans des paniers offerts par Moisson Saguenay dans toute la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Un nouveau camp thématique intitulé « Du champ à la table » sera aussi offert aux jeunes de 8 à 12 ans en collaboration avec Les Paysans du Fjord. Les participants y récolteront des œufs fraîchement pondus, aideront aux champs et cuisineront un menu entier dont certains éléments se retrouveront dans les frigos communautaires du Bas-Saguenay pour soutenir la sécurité alimentaire de nos communautés. Enfin, un véritable festin sera offert par les jeunes à leur famille lors de la dernière journée du camp.

Les secrets des cultivateurs dans une boîte

Enfin, grâce au soutien du Fonds Fertile, en collaboration avec les Ateliers des Savoirs partagés et quatre entreprises agricoles de Petit-Saguenay, seront créées des boîtes d’activités clé en main que les enfants du Bas-Saguenay auront le plaisir de découvrir lors des demi-journées de concertation des écoles ou en camps de jour dès cet automne !

Nous tenons à rappeler que tous ces projets ont pu voir le jour grâce à l’engagement précieux des agriculteurs et cultivatrices du Bas-Saguenay qui, tout en travaillant fort pour nous nourrir, ont à cœur de transmettre leurs savoirs aux générations futures!

La ferme du village à Petit-Saguenay

On voit la ferme Fortin vue du ciel
Une vue aérienne de la ferme Fortin. Société historique : E57,S44,SS1,D55,P018

Là où se trouve maintenant le café Le Léz’Art était installée autrefois la ferme de la famille Fortin. Léon Fortin et Catherine Houde y élevèrent leurs 7 enfants : Isola, Marianne, Isidore, Thérèse, Martin, Bernadette et Gaétan. J’ai eu la chance de rencontrer Gaétan Fortin, dernier membre vivant de la famille, qui a bien voulu partager avec moi quelques souvenirs.

Remontons dans le temps.

Faut imaginer que la ferme se trouvait beaucoup plus isolée et on disait même qu’elle était hors du village qui se terminait bien avant le pont qui mène au Club des Messieurs. La maison d’un côté et la grange-étable de l’autre obligeait à de multi ples traversées de la route pour aller dans les champs et charrier le lait. Comme tous les cultivateurs à l’époque, la famille possédait une truie, des moutons, quelques poules et un grand jardin en plus des vaches. Les femmes  s’occupaient des jardins et de la maison et les gars travaillaient à la ferme.

Monsieur Gaétan me raconte : « Chaque enfant aidait à la ferme à la mesure de ses moyens. C’était normal, on rechignait pas. Au début, je me souviens qu’on transportait le lait avec un joug sur les épaules et à chaque bout une  chaudière de lait. On livrait le lait à partir du pont en montant. Mes frères avaient eu une carriole traînée par un chien. Un gros chien blond. Puis quand ce fut mon tour, j’avais pas de chien, juste une carriole ou un traîneau en hiver, avec deux « tray » en métal pour les bouteilles. Un de 12, l’autre de 8.

Un bâtiment échoué suite au déluge à Petit-Saguenay.
La grange de la ferme Fortin a connu des moments difficiles lors du déluge de 1928. Collection Julie Trembay.

Pour moi, la journée commençait de bonne heure, j’aidais à la traite, je me changeais, je livrais le lait. Une semaine sur trois, je servais la messe avant de livrer le lait. Alors je pouvais me faire un peu d’argent de poche, j’avais 10 cents si j’étais seul, 5 cents si on était deux servants de messe. Je collectais une fois par mois, fallait être attentif pis savoir compter. Plus tard, il y a eu le système de coupons, c’était mieux ! Et comme on livrait dans tout le village, mon père avait un trailer pis on embarquait dessus. Devant chaque maison, il ralentissait, on sautait pis on livrait le lait. Aujourd’hui, ça serait défendu ! »

Les temps changent

Martin, le frère de Gaétan, prend la relève peu à peu avec sa femme Noëlla. Ils s’occupent de la  ferme avec leurs 4 enfants, Jacques, Line, Zélie et Germain, qui s’impliquent  jusqu’à leur départ pour les études. Martin poursuit son travail mais dorénavant, le lait est monté à la Baie et revient pasteurisé. Vers 1984, la « run » de lait est vendue à Clément Tremblay. Les années passent, le village se développe.

C’est de plus en plus difficile de conjuguer la ferme avec la route, le trafic, les bêtes qui traversent pour aller aux champs. La maison familiale est vendue en 1985 puis en 1988, c’est au tour du troupeau. Dans les années 2000, la grange change de vocation avec l’ouverture du café Le Léz’Art.

La beurrerie de Petit-Saguenay

Un vieux bâtiment qui faisait office de beurerie dans les années 50
Difficile actuellement de croire que cet endroit connaissait une activité intense puisque en 1996, le terrain ainsi que ce qui restait de la maison, furent emportés et détruits par les flots du déluge.

Les années passent et les villages se transforment. Mais saviez-vous que de 1956  à 1972, le village de Petit-Saguenay avait sa beurrerie ? Pierre Côté,  qui produisait du fromage depuis 1948, vend son permis au gouvernement en 1956 et ouvre la même année une beurrerie coopérative. Depuis l’invention de la centrifugeuse en 1879, plusieurs fermes séparaient la crème du lait. La fabrication familiale du beurre ne permettant pas d’écouler la crème, une beurrerie devenait nécessaire.

Les cultivateurs, unis en coopérative, construisent la beurrerie dans la coulée      juste après le cimetière de Petit-Saguenay, de l’autre côté du ruisseau. Difficile actuellement de croire que cet endroit  connaissait une activité intense puisque en 1996, le terrain ainsi que ce qui restait de la maison, furent emportés et détruits par les flots du déluge.

Rencontre avec Jacinthe Houde et Gilles Gagnon.

Retournons en 1956. Après la traite, les fermiers amènent la crème séparée du lait par centrifugeuse. Le criard de la beurrerie se faisait alors entendre pour appeler les employés. Gilles Gagnon précise : « C’était pas tout le monde qui avait des montres ! Ce criard-là, inventé par un patenteux du village, fonctionnait à la steam sous pression. Et je vous jure que ceux qui l’ont entendu s’en souviennent ! »

Le barattage demandait de l’attention et du savoir-faire. Quand c’était prêt, le beurre était versé en une motte géante sur un chariot et le petit beurre coulait vers le ruisseau. « D’où l’appellation ruisseau au petit-beurre donné par les anciens. » La motte de beurre géante était déposée sur une table et les beurriers s’employaient à la micher, c’est-à-dire qu’ils utilisaient un moule en bois, la miche, pour réaliser les livres de beurre emballées à la main et réunies dans des caisses à queues d’arondes (aujourd’hui objets de collection).

Le laitier distribuait localement et dans les villages avoisinants le beurre frais. Il y avait aussi la vente de beurre non miché en caisse pour la laiterie de La Baie. La livre de beurre se vendait 57 cents dans les années 60.

Au Bas-Saguenay, chaque village avait sa fromagerie, (parfois deux !) mais il n’y avait qu’une seule beurrerie. Rendons hommage aux maîtres beurriers qui ont œuvré à Petit-Saguenay : Joseph Houde, Benoit Minier, Claude Gingras, Robert Duclos et Régis Côté.

Les saveurs locales qui rassemblent le Bas-Saguenay

Une assiette de soupe à l'oignon servie à L'Auberge du Camp de Base à L'Anse-Saint-Jean
Le Camp de Base aime mettre de l'avant les produits locaux !

Un engagement collectif qui nourrit le territoire, une table à la fois

Au Bas-Saguenay, intégrer les produits locaux dans les menus ne relève pas d’une tendance passagère, mais d’un engagement profond envers le territoire, ses producteurs et la vitalité de la communauté. Lors de ma tournée des restaurateurs de la région, j’ai rencontré des chefs et des artisans passionnés qui bâtissent, chacun à leur manière, une véritable économie circulaire nourrie par la proximité, la créativité et la solidarité. Du bistro de la Chasse-Pinte à l’auberge du Camp de Base, en passant par l’Auberge du Jardin ou le Café du Quai, tous entretiennent des liens forts avec les producteurs d’ici. Ensemble, ils tissent une véritable trame nourricière qui fait  bien plus que remplir nos assiettes.

Assiette de crudité au soleil
À l’Auberge du Jardin, le menu s’inspire des produits des fermes alentours.

Ces liens sont souvent basés sur une confiance construite au fil des échanges. « On construit le menu autour de ce qui est disponible, et c’est gagnant pour tout le monde », m’a confié Léa, de l’Auberge du Jardin. « Ce sont les produits locaux qui donnent de la couleur à mon menu, c’est ce qui le rend unique », souligne-t-elle. Cela demande parfois des ajustements de dernière minute, comme au bistro de La Chasse-Pinte, où Christelle compose son menu du jour en fonction des arrivages. Sa collaboration serrée avec la Ferme d’en Haut rend ces adaptations plus simples… et franchement inspirantes.

À l’Auberge du Camp de Base, Alex, le chef, m’a parlé de ces coups de main informels qui rendent leur cuisine aussi vivante: « Parfois, c’est simple comme un coup de fil. Un producteur a un surplus, on adapte le menu. » Une belle façon de conjuguer gastronomie et entraide, tout en restant ancré dans le territoire. Julie, qui travaille au service, m’a dit avec fierté à quel point ils mettent de l’avant les produits locaux dans les assiettes… et les verres!

Le bistro de la Chasse-Pinte est accrédité Ambassadeur Zone Boréale; un label remis aux restaurateurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui s’engagent à mettre en valeur les saveurs régionales et les producteurs d’ici. Christelle, cheffe du bistro souligne que cette reconnaissance contribue à structurer leur approvisionnement grâce à des critères clairs et à un réseau de distributeurs facilitant l’accès aux produits locaux.

Assiette avec une crêpe et de la salade
Rien ne bat le mesclun de la Ferme d’en Haut !

J’ai aussi jasé avec Sébastien, du Café du Quai, tout fébrile à l’idée de rouvrir cet été. « Rien ne bat le mesclun de la Ferme d’en Haut! », m’a-t-il lancé. Et il n’est pas le seul à le dire. Ce mesclun revient souvent dans les cuisines locales pour sa fraîcheur et sa belle durée de conservation. Et derrière ces échanges, on privilégie souvent le paiement du juste prix, sans négociation, pour assurer la pérennité des producteurs. Ce respect mutuel renforce un sentiment d’interdépendance bien réel entre les acteurs du territoire.

Certaines contraintes, toutefois, freinent l’approvisionnement local. Les normes sanitaires du MAPAQ, par exemple, limitent les possibilités de collaboration directe avec les petites fermes pour des produits comme les œufs ou le poisson pêché localement. Et les producteurs, souvent de petite taille, ne peuvent pas toujours répondre à une demande croissante : une boulangerie artisanale ne peut pas doubler sa production du jour au lendemain. C’est le cas de Nuances de grains, dont les pains convoités se retrouvent sur les tables des brunchs de l’Auberge du Jardin. La boulangerie elle-même est bien plus qu’un lieu de production. C’est aussi un espace vivant du village, un point de rencontre chaleureux où les citoyens viennent chercher leur pain, mais aussi un peu de lien. Pour Diane, copropriétaire de la boulangerie, être là, c’est aussi une façon de nourrir la communauté.

Plusieurs m’ont aussi parlé de la fermeture récente de l’élevage de cerf rouge à Petit-Saguenay, mis en valeur dans plusieurs menus. Cela rappelle à quel point certaines filières sont fragiles, et met en lumière la vulnérabilité des circuits courts et de l’importance de réfléchir collectivement à  l’avenir de notre autonomie alimentaire.

Et pourtant, le fjord regorge de poissons! Les pêcheurs locaux en profitent, mais en cuisine, c’est une autre histoire : les normes actuelles rendent difficile, voire impossible, d’intégrer ce poisson pêché localement aux menus. Un paradoxe bien réel, qui illustre les tensions entre réglementation, sécurité alimentaire et valorisation des ressources du territoire.

Dans ce contexte, plusieurs rêvent d’un approvisionnement local plus diversifié; du lait d’avoine local, par exemple, ou du poisson d’élevage plus accessible. Tous font néanmoins preuve d’ingéniosité pour composer avec les défis liés à l’approvisionnement en région éloignée.

Ces idées soulèvent des questions plus larges sur l’organisation collective. Comment faire pour soutenir les producteurs et les restaurateurs, pour que le poids d’un approvisionnement local ne  repose pas uniquement sur leurs épaules? Faudrait-il mutualiser certaines ressources, par exemple ?

Une chose est certaine: ici, les produits locaux ne sont pas qu’un ingrédient de plus dans l’assiette. Ils racontent une histoire de territoire, d’entraide et de résilience. Ensemble, les restaurateurs et les producteurs du Bas-Saguenay tracent le chemin d’une communauté nourricière bien vivante, une table à la fois. Et si vous vous y arrêtez, il y a de bonnes chances que vous leviez votre verre avec une bière de la Chasse-Pinte, brassée avec des ingrédients biologiques et des plantes boréales cueillies pas loin d’ici. Santé !

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