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Madame Bernadette, une artisane du dimanche … à temps plein !

Une femme se tient debout à côté d'une pile de billots de bois
Madame Bernadette Pelletier a découvert toute seule l'ébénisterie.

C’est Élias Côté, que l’on ne présente plus, qui m’a parlé pour la première fois de Bernadette Pelletier : « Cette femme m’inspire, sa démarche d’autodidacte en fait une personne exceptionnelle. Il faut que tu ailles voir le chalet qu’elle a construit, un vrai trésor. » Il n’en fallait pas plus pour que mon envie de la rencontrer s’anime.

Et me voici, par un beau lundi matin, avec madame Bernadette au volant de son 4X4 qui m’emmène sur le chemin des Îles à Petit-Saguenay : « Ici c’est la terre de mon grand-père Adélard Pelletier, c’est aussi là que j’ai grandi. Depuis peu, mon frère Éric a racheté ces terres et j’en suis bien contente ! En 70, mes parents ont dû déménager au village, la municipalité avait décidé de plus ouvrir le bout des îles. »

4 années pour construire seule un chalet

La charpente et le toit ont été montés avec les hommes de la famille, mais pour le reste, du comptoir et armoires de cuisine aux lits, en passant par la table, les chaises, les murs et planchers, les moulures, la salle de bain, tout a été réalisé dans l’atelier de Bernadette : « Mais c’est ça que je vous dis, y’a rien que j’ai pas faite !  À l’époque, on pouvait venir en camion, je travaillais mes pièces dans mon atelier et je venais les installer au chalet. En tout, cela m’a pris 4 années ! » Et voilà que Bernadette m’explique comment elle a construit ses armoires de cuisine sans aucune colle. Pour ce qui est de frises qui ornent certaines pièces, « une technique que j’ai apprise durant mon voyage de deux mois dans les Alpes en France, tu prends un gabarit et une toupie, ton couteau est en angle et te donne ce genre de frise qui décore ton morceau de bois ! »

des frises ornent les miroirs du chalet

Dans ce merveilleux endroit, il y a les lits qui ne couinent pas, la chaise qui se transforme en escabeau, les portes d’armoires sans un brin de colle, la table de cuisine aux panneaux s’inspirant d’une technique espagnole ! Élias avait bien raison, c’est une vraie caverne d’Alibaba ce chalet au toit de cathédrale. Celle qui a appris au fur et à mesure, en développant ses propres techniques dans son atelier, me signale que toutes ses portes d’armoires sont faites de pin blanc, du bois récolté sur sa terre.

l'intérieur d'un chalet sur le chemin des îles à Petit-Saguenay.

C’est en venant vivre à temps plein à Petit-Saguenay, en 1997, au moment de sa retraite, que Bernadette découvre cette passion pour le travail du bois : « On avait tellement de bois sur la terre, une grange où installer mon atelier, un moulin à scie. »

Une passion du bois en héritage

Le père de Bernadette, Émilien Pelletier, était charpentier menuisier, son frère Yvan fait du tour à bois, ses deux enfants, Karine et Frank, travaillent le bois, et les 5 petits-enfants de Bernadette, ceux qui sont d’ores et déjà les heureux propriétaires de ce magnifique chalet, ils construisent, entre autres, des skis : « Je trouve ça le fun parce que mes jeunes, avec ce chalet, ils vont toujours avoir de beaux souvenirs de leur grand-maman. C’est précieux, en fait, c’est un legs qui n’a pas de prix ! »

des skis construits dans l'atelier

Sur le ton de la confidence, Bernadette conclut ainsi : « Quand je rentrais dans mon atelier, c’était … je n’sais pas comment le décrire… j’oubliais toute, j’étais comme dans un autre monde. Après qu’il a été fini mon chalet, on dirait que j’avais plus rien à faire, une sorte de blues. Maintenant, mes enfants, mes petits-enfants, ils sont tous dans l’atelier. Avant j’ai été longtemps toute seule dans cet endroit, là c’est plus pareil, j’y vais presque plus, j’ai comme perdu mon petit espace … mais c’est correc, parce que je n’ai plus la même énergie ! »

Il est des après-midis qu’on pourrait continuer indéfiniment, des après-midis où on se dit : « Dans une autre vie, je serais apprenti ébéniste et j’apprendrais toutes les techniques de madame Bernadette ! »

Robert Tremblay, expert en construction de maison Scandinave

maison scandinave en hiver

Niché au cœur de la nature verdoyante de Ferland-et-Boilleau, Robert Tremblay, artisan passionné et entrepreneur en construction, a su bâtir son entreprise en mêlant savoir-faire traditionnel et techniques modernes. Depuis plus de 35 ans, il incarne l’esprit d’un artisan innovant, fervent défenseur de la construction de maison en bois scandinave.

Originaire de ce magnifique coin de pays, Robert y a vécu une partie de son enfance avant de s’installer quelques années à La Baie. Cependant, son cœur a toujours gardé Ferland-et-Boilleau comme point d’ancrage. Sa passion pour le bois, ce matériau noble et local, a été le moteur de son parcours.

Homme devant une pile de bois
La technique scandinave requiert une attention particulière aux détails, ce qui souligne l’importance de bien choisir les arbres, en privilégiant ceux avec un diamètre adéquat et peu de ramifications. L’essence la plus fréquemment employée par Robert est l’épinette blanche.

Cette passion prend racine dans les années 90, lorsqu’il découvre une construction au Valinouët. Intrigué, il se forme auprès de Donald Ouellet, et Pierre Gilbert du GREB, avec l’ambition de bâtir un jour sa propre maison.

En 1995, il fonde son entreprise dédiée à la construction de maison en bois scandinave, en collaboration avec son partenaire Marc Plourde, qui, à présent, promeut les constructions en bois massif à travers tout le Québec.

Grâce à son expertise et son ingéniosité, il réussit à concrétiser son souhait de bâtir sa maison en utilisant principalement des matériaux locaux, tirés de la forêt environnante. Son projet est ambitieux, mais grâce à son dévouement, il donne vie à sa vision.

Chez lui, il applique la technique scandinave, incluant un toit végétal, à l’exception des fenêtres, qui proviennent d’une usine. Bien que certaines de ses méthodes soient perçues comme dépassées, sa passion le pousse à partager son savoir. À ce jour, il a réalisé près de soixante maisons ainsi que divers aménagements tels que des gazebos et des scènes extérieures, notamment à L’Anse-Saint-Jean et Ferland-et-Boilleau.

Sa réputation repose sur la qualité de ses réalisations uniques, le charme de ses constructions et l’autonomie qu’elles offrent. Même s’il gère majoritairement son entreprise seul, Robert a parfois recours à des employés et envisage une succession, mais se confronte aux défis du secteur.

L’amour de son métier et de la passion pour le bois.

Conscient que chaque projet reflète la personnalité de ses propriétaires, le bâtisseur s’engage à fournir un service exemplaire, mettant en avant la gentillesse, l’écoute et la patience. Il insiste sur l’importance d’une communication claire avec ses clients, ce qui permet de réaliser des constructions en adéquation avec leurs souhaits. Selon lui, les meilleurs clients sont ceux qui comprennent le processus et réfléchissent à leur projet avant de se lancer.

Homme en train de travailler sur une maison scandinave
La spécificité de la technique employée par Robert réside dans le double épaulement. En découpant les pièces en demi-lune, le bois s’assemble avec une grande précision, ce qui empêche l’infiltration d’eau et préserve ainsi le bois de la pourriture.

Au fil des ans, Robert remarque que certaines entreprises industrialisées adoptent des pratiques similaires, mais il n’y a rien comme le savoir-faire artisanal. Si le marché des maisons en bois rond fluctue, il existe toujours des clients prêts à s’engager dans une construction écoresponsable. Pour certains, cela représente une solution économique, surtout lorsque le bois peut être récolté sur leur propre propriété ; pour d’autres, c’est une recherche d’esthétique et d’authenticité.

Chaque projet est une célébration de la beauté du bois et du savoir-faire scandinave, alliant traditions et innovations. Son approche durable a trouvé un écho favorable auprès des habitants de Ferland-et-Boilleau, qui privilégient les artisans locaux pour leurs projets.

Fier de ses œuvres, il aime transmettre sa passion, impliquant même sa famille dans ses projets. Sa fille a ainsi choisi de s’installer à proximité de chez lui, perpétuant la tradition.

Bien qu’il chérît son métier, il est conscient des risques liés à celui-ci, surtout avec l’âge. Les travaux en hauteur et la manipulation de matériaux lourds nécessitent une vigilance constante. Toutefois, tant que sa santé le lui permettra, il demeure déterminé à poursuivre sa passion.

Grand hall construit par Robert

En tant qu’artisan, Robert Tremblay se distingue non seulement par son travail, mais aussi par son engagement envers sa communauté. Il a contribué à la création de plusieurs installations, comme la classe extérieure de l’École St-Gabriel et la scène extérieure du pont couvert de Boilleau, démontrant que l’artisanat est également un vecteur de changement local.

Les maisons qu’il construit ne sont pas de simples structures, elles racontent l’histoire d’un homme passionné, respectueux de son environnement et profondément engagé dans sa communauté. Robert Tremblay représente l’esprit entrepreneurial de Ferland-et-Boilleau, prouvant qu’il est possible de bâtir un avenir en harmonie avec la tradition et la nature.

À Ferland-et-Boilleau, Robert Tremblay incarne l’essence de l’artisanat local, un homme qui construit non seulement des maisons, mais aussi des liens forts au sein de sa communauté.

Photo 1 : La technique scandinave requiert une attention particulière aux détails, ce qui souligne l’importance de bien choisir les arbres, en privilégiant ceux avec un diamètre adéquat et peu de ramifications. L’essence la plus fréquemment employée par Robert est l’épinette blanche.

Photo 2 : La plupart des outils utilisés sont artisanaux et traditionnels, bien que l’on puisse les trouver dans divers magasins. Le processus débute par le planage des billots, en écorçant le bois à l’aide d’un rabot, ce qui assure la finition extérieure et intérieure de la structure. Le compas à bulle est utilisé pour tracer et transférer les imperfections de l’arbre de la partie inférieure à la partie supérieure. Cela permet de découper les pièces le long de la ligne tracée et d’affiner le tout avec des ciseaux à bois pour une précision optimale.

Photo 3 : La spécificité de la technique employée par Robert réside dans le double épaulement. En découpant les pièces en demi-lune, le bois s’assemble avec une grande précision, ce qui empêche l’infiltration d’eau et préserve ainsi le bois de la pourriture.

Transmettre, promouvoir et protéger le patrimoine culturel et artisanal

Pénélope des temps modernes, me voilà sur la route à la rencontre des associations artisanes de nos villages. Je vais vous les présenter à ma façon et très humblement.

Les Cercles de Fermières du Québec contribuent à l’amélioration des conditions de vie de la femme et de la famille, ainsi qu’à la préservation et la transmission du patrimoine culturel et artisanal. Cette association est présente et active au Bas-Saguenay dans les villages de l’Anse Saint-Jean, de Petit-Saguenay et de Saint-Félix d’Otis.

Le Cercle de Fermières de l’Anse Saint-Jean (54 membres)

Présidente : Michèle Brassard, secrétaire : Danielle Duchesne et responsable des arts textiles : Johanne Saint-Pierre.

Depuis 1943, le Cercle de Fermières met de l’avant plusieurs valeurs de l’association : récupérer, recycler, travailler dans le respect et l’entraide tout en économisant. Situé dans la Petite École, le local est ouvert pour tisser, fabriquer des catalognes, laizes, doudous, serviettes à vaisselle, nappes … Un système de marrainage permet de partager le savoir et d’être accompagné dans son projet.

Le lundi après-midi, c’est tricot !  Moments privilégiés pour échanger les savoirs, aider les débutants, montrer les ouvrages en cours, organiser les activités comme le marché de Noël, choisir son prochain projet, rencontrer sa marraine de tissage et s’inscrire sur la liste du métier. C’est aussi l’heure de jaser.  Ainsi, Marcelle Côté me raconte ses débuts : « J’étais bien montrée par ma mère, à 8 ans, j’ai commencé au métier. Maintenant, j’veux pu rien savoir. Par contre, le tricot, je peux pas m’arrêter, même si j’ai mal aux bras et aux épaules. » Gemma Boudreault continue : « Au début, les métiers étaient prêtés, les femmes avec leur famille nombreuse n’avaient pas le choix, mais elles se réunissaient dans les maisons. Il y avait beaucoup d’entraide. » Et ça continue, du char allégorique de la Saint-Jean Baptiste avec tricoteuses et tisserandes plusieurs se souviennent en souriant.

Une femme discute tout en tissant sur le métier
Lors du marché de Noël, Denise Pelletier s’évertue avec enthousiasme à recruter de nouvelles Fermières.

La transmission du savoir, le partage du patrimoine sont primordiaux tant pour les connaissances textiles, artisanales que les savoirs culinaires. La présidente me confie : « Les personnes âgées sont notre trésor, afin de préserver le patrimoine Anjeannois, il faut garder trace des savoirs qui risquent de se perdre. Dans cette optique, le Cercle a publié en 1986, une brochure, Des trouvailles en héritage.  Ce sont des petits trucs, des amusements artisanaux, mais c’est aussi notre héritage. Il faut en prendre soin. Au village, on a la chance d’avoir des gens de partout qui viennent s’établir. Le Cercle de Fermières contribue à construire des liens aussi solides que nos catalognes ! »

Le Cercle de Fermières de Petit-Saguenay (47 membres)

Présidente : Esther Houde, secrétaire-trésorière : Diane Belzile, dossiers : Éliane Houde(,) et communication : Clara Lavoie.

Depuis 1942, le tissage est à l’honneur à Petit-Saguenay. Dans les premières années, les métiers se promenaient, puis les femmes ont préféré aller au Cercle. Faut dire que c’était leur seule activité sociale. Aujourd’hui encore, on y va pour le contact humain, les arts textiles et le partage. Le mardi, depuis 10 ans, il y a même une pratique de danse organisée par les femmes du Cercle. Le mercredi après-midi, c’est le café rencontre sociale tricot pour briser l’isolement. Il y a aussi des ateliers de Noël, des conférences et des cours de broderie.

Pour le tissage, le local est ouvert selon la disponibilité des membres. J’ai ainsi appris quelques étapes à suivre pour monter le métier : concevoir, préparer le plan, le patron, les couleurs, mais aussi préparer le matériel, les fils, fibres, tissus taillés ou déchirés et mis en boules. Enfin il faut ourdir, faire une tresse, mettre sur le rouleau, passer dans les lames, dans le ros, attacher le tout ! Voilà bien des étapes avant de tisser ! Les responsables de métier donnent beaucoup de leur temps et montent les métiers pour les membres qui viendront tisser ! Heureusement, Reina Gagné et Denise Lavoie sont des personnes ressources irremplaçables tant au niveau du tissage que du tricot.

une femme rit tout en apprenant le métier à tisser
Marie-Andrée Gill, nouvelle recrue du Cercle des Fermières de Petit-Saguenay

Le Cercle de Fermières de Petit-Saguenay a quelques nouvelles recrues qui viennent selon leur disponibilité, dès 6 heures le matin pour Jeannine Pelletier qui a une passion pour le tissage, mais également de jeunes mamans accompagnées parfois de leur bébé. Faut dire qu’au local, les bras de grands-mamans ne manquent pas !

Enfin, on n’oublie pas celles qui ont tracé la voie, comme Margot Pelletier et Lise Bernier qui ont donné de leur temps sans compter et travaillé fort pour le recrutement. « À Petit-Saguenay, on forme une grande famille, la générosité des membres, au niveau de leur implication, est le point fort. L’union fait la force et chacune y va de ses aptitudes. On peut dire qu’aller au Cercle, ça fait du bien, et même, que c’est une thérapie », conclut sa présidente Esther Houde.

Le Cercle de Fermières de Saint-Félix d’Otis (18 membres)

Présidente : Nathalie Simard et secrétaire : Marlène Thibeault

Le Cercle de Fermières existe depuis 1940. Situé tout en haut de l’édifice municipal, le local est chaleureux et bien éclairé. Tous les mardis s’organise une rencontre de couture et de tissage. Cinq métiers sont montés pour les membres, avec des projets différents. Les serviettes à vaisselle, les laizes et les catalognes sont à l’honneur. Les catalognes sont toutes fabriquées à partir de matières recyclées et les tissus sont taillés ou déchirés dehors en été ! C’est un art d’apprendre à monter un métier, lire un patron, mais bien heureusement, Rosanne Gagné est une excellente professeure.

Des Fermière lors d'un salon de Noël
Les Fermières de Saint-Félix lors d’un marché de Noël

D’ailleurs, le recyclage est la devise du Cercle de Saint-Félix qui axe davantage ses activités vers la couture et l’artisanat. Plusieurs machines à coudre, une surjeteuse, des tables à tailler, à repasser, des tissus bien classés, neufs ou recyclés, voilà de quoi s’inspirer pour réaliser l’un de leurs nombreux projets. Les artisanes ont su profiter des précieux conseils de Suzanne Bouchard, des cours de couture, de courtepointe, de bas de Noël et s’évertuent maintenant à inventer et rechercher le prochain projet de confection pour les Trésors de Noël. Chacune partage ses astuces et c’est un plaisir de travailler ensemble.

Nathalie Simard, sa présidente me rappelle qu’anciennement il y avait des cours obligatoires de couture et d’arts ménagers à l’école. « Aujourd’hui, on ne coud plus, on ne reprise plus, le tricot demeure heureusement, mais c’est à la maison. La première chose que j’ai apprise à 5 ans, c’est à tricoter. C’est ma passion, comme ce fut celle de ma mère et de ma grand-mère. Récemment mon garçon de 24 ans m’a demandé de lui montrer à coudre. Il est bon élève et maintenant, il coud ses boutons », dit-elle en souriant.

Le Cercle essaie de transmettre le goût de fabriquer des cadeaux artisanaux, de recycler et de minimiser les achats. Par exemple, tous les 2 ans, les membres s’impliquent dans des ateliers avec les jeunes de la maternelle à la 6e année. Les élèves voient ainsi le processus de fabrication, ils l’expérimentent et réalisent des objets dont ils sont fiers. Tout le monde aime cette collaboration qui permet de fabriquer des créations vendues aux Trésors de Noël. « La transmission des savoirs est primordiale, il faut donner le goût de créer, de fabriquer, d’être fier de donner un cadeau fait main », ajoute pour terminer la présidente.

L’Association féministe d’éducation et d’action sociale, AFÉAS de Rivière Éternité (11 membres)

Présidente : Carole Savard, vice-présidente : Pauline Gagné et secrétaire : Gilberte Gagné.

Après 4 années auprès du Cercle de Fermières, c’est en 1962 que les femmes de la paroisse rejoignent l’AFÉAS. Ce mouvement d’action sociale était alors à son apogée. Il avait pour mission d’encourager le débat et d’aider les femmes à jouer leur rôle de citoyenne tout en transmettant les arts domestiques. À Rivière-Éternité, au local de l’AFÉAS, dans le sous-sol de l’église, les femmes se réunissaient pour tisser ou tricoter. Elles ramassaient les tissus, les draps et les taillaient pour faire des catalognes, des laizes, tout en échangeant sur le rôle des femmes dans la société.

Aujourd’hui, toujours dans le même local, il y a encore 4 métiers, dont Gilberte Gagné est responsable. Le tricot se fait davantage sur une base individuelle, mais le partage des savoirs est toujours de mise. En plus de l’aide à la Fabrique et des ouvrages personnels, l’association fabrique des ouvrages de textiles qui seront mis en vente lors du Symposium des couleurs. Au village, les femmes portent fièrement leur ouvrage et sont toujours prêtes à aider ou à conseiller.

La présidente déplore le manque de relève : « La transmission du savoir des arts textiles est en déclin. Heureusement, le tricot demeure, les jeunes s’y remettent. Mon désir serait que les jeunes prennent le goût de tisser et donnent un regain à l’association. Tout s’apprend ! »

Le Groupe d’Actions Communautaires Santé Bénévole (GACSB) de Ferland-et-Boilleau (71 membres)

Présidente : Linda Vaillancourt, directrice générale : Émilie Cormier et chargée de projet : Érica Roy.

Depuis 45 ans maintenant, le village de Ferland-et-Boilleau a créé le GACSB qui accueille toutes les générations. Les projets se font autant en cuisine, tricot, couture, mosaïque, peinture et artisanat.

Tous les mercredis après-midi c’est tricot. Chacun apporte son ouvrage à moins qu’un projet commun en arts textiles (paniers de bébé, paniers de Noël, bas pour les sans-abris ou gnomes de Noël) ne soit mis en action. Les tricoteuses sont en effet impliquées dans plusieurs activités dont le but est de partager, transmettre les trucs et savoirs tout en épaulant les débutants par un système de marrainage.

Selon les demandes, des ateliers sont offerts par les artisanes qui expliquent comment faire des bas, des articles de décoration, de la broderie, de la peinture. Des activités intergénérationnelles comme le tricot, la fabrication de cartes de vœux, la soupe communautaire sont autant d’occasions d’éveiller la curiosité et le désir de créer et de partager. Lors de grands projets, l’ouvrage sort du cadre et se continue à la maison. Ainsi par extension, c’est toute la famille, parfois même, tout le village qui est mis à contribution. À Ferland-et-Boilleau, la transmission des savoirs artisanaux c’est l’affaire de tous.

J’aurais voulu être un artiste … ou un artisan !

trois personnes donnent une conférence à Montréal
Gabrielle Thériault, Sophie Aubut et Julien Sylvestre lors d’un déjeuner causerie durant le Salon des métiers d’arts du SLSJ.

Afin de répondre à cette épineuse question, j’ai profité du Salon des Métiers d’Arts du SLSJ pour en discuter avec certains acteurs du milieu culturel. Allons tout d’abord à la rencontre de Julien Sylvestre* : « C’est une vraie question, et dans le fond la réponse revient à la personne elle-même, est-ce que je suis un artiste ou un artisan ? Des fois on est les deux ! Ce qui est certain, c’est que l’artisan a un savoir-faire particulier, travaille avec ses mains, notamment sur la transformation de la matière. Mais on peut se définir comme artisan et avoir une démarche artistique, il n’y a rien d’incompatible là-dedans ! Cela appartient beaucoup à la personne, cela dépend d’où est-ce qu’elle est rendue dans sa carrière ! Ensuite, le public peut dire lui c’est un artiste, elle c’est une artisane, mais la vraie réponse appartient à la personne. »

Et un boulanger, exerce-t-il un métier d’art ?

« Oui bien sûr, ce métier avant d’être enseigné dans des écoles, il s’enseigne souvent de maître à élève. C’est une des facettes des métiers d’arts, cette forme de transmission de maître à élève. Ainsi, je connais beaucoup d’artisans qui ont eu un coup de cœur pour le travail d’un autre artisan, qui développent une relation avec la personne. Historiquement, depuis des millénaires, ce sont des métiers qui sont transmis de maître à élève. »

La tradition versus l’innovation

Il est des discussions qui coulent comme une rivière, une question en amenant une autre. Ici la question de l’artiste ou de l’artisan nous amène naturellement à nous demander si la tradition versus l’innovation ne pourrait pas diriger le débat vers un début de réponse.

« L’une n’est pas opposée à l’autre et des pratiques que l’on dit traditionnelles, mettons quelqu’un qui travaille le textile – le tissage, cela fait tout de même des milliers d’années que sa technique est étudiée – on a donc aujourd’hui le geste, et une pratique la plus aboutie possible, que l’on nomme traditionnelle, mais qui en fait est le résultat, l’aboutissement de millénaires de recherches et développement, donc d’innovations. Même quand on parle d’innovations technologiques, souvent l’artisan se situe en amont, il va dire ton imprimante 3 D, elle ne me suffit pas, il me faut ça, ça et ça … d’une certaine façon, il initie ainsi le progrès et l’innovation. »

La cohésion sociale

La société québécoise s’est développée avec les artisans, créateurs d’emplois, créateurs d’outils, promoteurs de l’achat local bien avant la mode du XXIe, ils sont le fondement du développement du territoire et de la société. Julien Sylvestre le confirme : « L’importance des métiers d’arts dans les communautés, c’est ce qui nous lie humainement, c’est ce qui a fondé nos sociétés et c’est ce qui fait vivre et anime le Québec. Le rôle de l’artisan est fondamental et il faut l’entretenir. »

Au Québec, la plupart des artisans professionnels vivent en région. Il y a le calme et l’inspiration que l’on retrouve au milieu de la nature, mais il y a également les villes, en grandissant, qui ont tendance à expulser les artisans de leurs centres. Des entreprises qui génèrent du bruit, de la poussière ne conviennent pas toujours aux aspects résidentiels des centres-villes. Mais en 2024, on se reconnecte au travail des artisans, à l’achat local, ainsi au centre-ville de Montréal se dessine actuellement un quartier des artisans.

Pour Gabrielle Thériault, présidente de la Corporation des Métiers d’Arts du SLSJ, « un artisan est un créateur en métier d’arts, cette phrase démontre bien tout le travail qui se trouve derrière les produits qui sont exposés au Salon. Un artisan, le public l’associe parfois à artisanal, artisanat, donc c’est presque dévalorisant ou péjoratif. Pour faire un salon, il faut être membre de la Corporation des métiers d’arts, et pour devenir membre, on passe devant un comité de sélection, il y a des critères de qualité, d’esthétique, de processus de création, etc., donc ici au Salon de Chicoutimi, on a vraiment une représentation de créateurs en métiers d’arts. » Actuellement, la Corporation du SLSJ compte sur une cinquantaine de membres, « je me suis donnée une mission postpandémique, qui a été dure pour le métier, et c’est de recruter de nouveaux membres. »

une personne parle de réussite éducative au micro
Aube St-Amand lors de la soirée pensante organisée par l’AGIR.

Le mot de la fin ira à Aube St-Amant, agente de développement culturel à la MRC : « Selon moi, la différence entre artiste et artisan se situe dans la création d’un objet du quotidien. Généralement, c’est comme cela que l’on fait la différence, un artisan crée quelque chose qui est reproduit, même si chaque pièce est unique, il y a une méthode, il y a une reproduction au fur et à mesure dans un objectif généralement utilitaire. Avec l’artiste, on sera vraiment dans une démarche d’exploration de sa propre personne, de la société, une démarche qui va vers une œuvre qui transcende et te sort de toi-même, généralement assez déconnecté de l’objet matériel ou utilitaire. C’est la définition que l’on donne mais je trouve cela assez réducteur, de faire ainsi deux catégories. »

* Julien Sylvestre est directeur général au Conseil des Métiers d’Arts du Québec (CMAQ)

La cartographie en ligne

La carte interactive à la halte routière de St-Félix

Un nouvel outil pour explorer le territoire de Saint-Félix-d’Otis !

Avec ses récentes améliorations d’infrastructures, Saint-Félix-d’Otis a su se donner les moyens de mieux valoriser son territoire et de favoriser le transport actif. Des projets tels que le parc de glissades reliant l’église au parc des loisirs, ou encore la bonification des sentiers de l’école, offrent aujourd’hui aux résidents et visiteurs un cadre de vie en pleine nature plus accessible et agréable. Pour maximiser l’utilisation de ces nouveaux aménagements, la municipalité a développé une nouvelle cartographie qui permet à tous de découvrir et d’explorer les différents attraits de la municipalité.

Une carte pour tous les usagers

La nouvelle cartographie de Saint-Félix-d’Otis propose deux formats adaptés à tous les types d’usagers. La première option, plus traditionnelle, consiste en des cartes imprimées sur de grandes affiches disponibles dans divers points du cœur du village, telles que la halte routière ou l’école. Ces cartes permettent aux visiteurs et résidents de se repérer facilement lors de leurs déplacements et de visualiser l’ensemble des lieux à explorer dans le secteur.

La deuxième option, plus moderne, utilise la technologie numérique et permet d’accéder à une carte en ligne via l’application ONdago, disponible gratuitement.  Cette carte virtuelle couvre l’ensemble du territoire de la municipalité et offre de nombreuses fonctionnalités pratiques. Elle est particulièrement avantageuse, car elle peut être mise à jour en temps réel : de nouveaux sentiers pédestres ou encore ceux accessibles durant l’hiver, des axes cyclables ou des liens nautiques pourront être ajoutés au fur et à mesure de leur développement. La carte en ligne présente également les principaux attraits et services de la municipalité, ainsi que des circuits favorisant le transport actif pour rejoindre les principaux pôles attractifs de la municipalité. Des lieux comme le parc des loisirs, le site de la Nouvelle-France et le camping municipal sont ainsi connectés par des parcours sûrs et accessibles, permettant de découvrir le territoire sous un autre angle tout en favorisant un mode de transport plus respectueux de l’environnement.

Télécharger et explorer

L’application ONdago est gratuite et disponible en téléchargement sur les principales plateformes (App Store et Google Play). Une fois téléchargée, la carte interactive de Saint-Félix-d’Otis est accessible en quelques clics. Pour ceux qui préfèrent une consultation en ligne, la carte est également disponible sur le site web de la municipalité (st-felix-dotis.qc.ca).

 

 

 

 

 

 

Avec ce nouvel outil numérique, Saint-Félix-d’Otis se positionne résolument dans l’air du temps, en offrant à ses citoyens et à ses visiteurs un moyen simple et efficace de découvrir et d’explorer le territoire tout en favorisant les déplacements actifs et durables. Un bel exemple d’innovation au service de la communauté.

Le P’tit Fest, une première édition prometteuse !

Le P’tit Fest, c’est bien plus qu’un simple festival de ski et de snow de montagne : c’est une célébration de l’esprit du Petit-Saguenay et de sa communauté. Cet événement unique rassemble amateurs de sports d’hiver et passionnés de plein air dans une ambiance conviviale et chaleureuse, au cœur d’un village enchanteur.

L’initiative prend vie grâce à la collaboration de trois piliers essentiels. Tout d’abord, la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME) qui conçoit et entretient les sentiers exceptionnels où se dérouleront les activités. Leur expertise garantit une expérience immersive et sécuritaire, parfaitement adaptée aux amateurs de ski et de snow de montagne. Ensuite, l’Auberge du Jardin, véritable quartier général du festival, offre un accueil chaleureux dans un cadre authentique. Avec ses 12 chambres confortables et son emplacement idéal au cœur du village, elle est le lieu de rassemblement parfait pour profiter pleinement de l’événement.

Enfin, Kimfu, une agence créative dynamique, est à l’origine du rayonnement et de la mise en valeur de ce festival grâce à ses compétences en communication et en organisation. Le P’tit Fest propose bien plus qu’une fin de semaine d’activités sportives. C’est une opportunité de tisser des liens avec d’autres passionnés, d’ici et d’ailleurs, dans un cadre naturel exceptionnel. Que ce soit en explorant les sentiers sauvages, en partageant un moment autour d’un feu ou en participant aux différentes activités offertes, chacun y trouvera une expérience unique et mémorable.

Ce festival met en avant la richesse et la beauté du Petit-Saguenay tout en valorisant l’importance de la communauté et des partenariats locaux. Que vous soyez un habitué des sports de glisse ou à la découverte de nouvelles activités hivernales, le P’tit Fest vous invite à vivre un événement où la montagne, la convivialité et le plaisir sont à l’honneur. Une grande diversité d’activités vous attend : projection de films de ski, initiation au ski de montagne, compétition amicale de Ski-mo, sortie en ski nordique au coucher de soleil, session de yoga, formation en avalanche, kiosque de représentants de ski/snow, kiosque d’entreprises locales, grand souper avec plusieurs prix, soirée dansante et plus encore.

Vous pourrez sélectionner vos diverses activités, gratuites ou payantes directement sur notre plateforme de réservation. Suivez-vous sur Facebook Le P’tit Fest.

Un nouveau centre de ski de fond à Petit-Saguenay, dès cet hiver !

Homme avec une tuque dans la forêt lde Petit-Saguenay
Un des membres du CA du nouveau centre de ski de fond, La Vallée la Blanche à Petit-Saguenay Gilles Arseneault

Cinq personnes, réunies par leur appartenance à Petit-Saguenay et par leur passion pour le ski de fond, souhaitaient doter la municipalité d’un centre accessible et familial. C’est lors du budget participatif de 2023 que ces derniers ont déposé officiellement leur  projet et que celui-ci a pris forme en étant choisi par une forte majorité.

Dès la première année, huit kilomètres de sentiers de ski de fond de qualité seront offerts. Dans un délai de trois ans, il est prévu d’ajouter plusieurs kilomètres supplémentaires. En harmonie avec le milieu naturel, ces sentiers soutiendront le développement de l’activité physique, amélioreront l’accès au territoire et proposeront des points de vue exceptionnels. Ce centre sera situé dans le secteur du rang Saint-Louis, à quatre kilomètres du cœur du village de Petit-Saguenay. Le secteur Saint-Louis est jusqu’à maintenant un joyau caché et inexploité d’un point de vue touristique. De plus, ce site offre une magnifique vue sur le fjord, plus particulièrement sur la Grosse-Île et sur la vallée du village.

Actuellement, plusieurs personnes travaillent fort en vue de l’ouverture du centre cet hiver. Grâce à des bénévoles dévoués, la première grande étape a été franchie, soit de défricher les sentiers pour permettre le damage cet hiver. Aussi, la nouvelle machinerie est arrivée et prête à être inaugurée dès que les conditions le permettront. Les bénévoles ont hâte de se mettre à l’œuvre pour vous offrir des pistes de qualité. Le comité communication, pour sa part, travaille à la construction d’une page Facebook ainsi qu’un site internet, ce qui permettra de connaître tous les détails du centre. Ce comité a d’ailleurs lancé un concours en novembre dernier pour trouver un nom à celui-ci. Le nom retenu, Centre de ski de fond La Vallée Blanche, reflète bien le secteur !

Le conseil d’administration a aussi fait des démarches pour obtenir davantage de financement. Pour l’heure, une subvention de la part du Réseau loisirs et sports (RLS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été obtenue et des réponses de la part d’autres instances sont attendues, dans le but d’avoir un pavillon d’accueil et d’autres nouveautés en 2025 ! En résumé, plusieurs bénévoles s’investissent afin de pouvoir vous accueillir dès que la neige sera parmi nous ! Nous croyons que l’ajout de notre offre saura plaire à un nombre grandissant de citoyens de tous âges qui deviendront à leur tour des ambassadeurs de notre paradis du ski de fond.

Au plaisir de se croiser sur les pistes cet hiver !

Un comité Écotourisme dynamique

Un groupe de bénévoles sur les sentiers qu'ils aménagent
Une partie du comité écotouristique sur les sentiers qu'ils aménagent joyeusement.

À Ferland-et-Boilleau, nous avons la chance de pouvoir compter sur une équipe de bénévoles exceptionnelle, dédiée à l’entretien et à la réparation des sentiers de Ferland-et-Boilleau. Ce groupe de dix citoyens et villégiateurs motivés souhaite contribuer au bien-être de leur municipalité. Le comité se réunit régulièrement pour organiser et planifier les travaux nécessaires au bon fonctionnement des sentiers. Leur engagement a prouvé qu’ils peuvent réaliser de grandes choses pour la communauté.

deux bénévoles de Ferland-et-Boilleau assis sur un pont de bois

Entre autres, ils ont initié un projet, en collaboration avec la municipalité et la MRC du Fjord, pour reconstruire un pont piétonnier qui a cédé lors de la crue des eaux en 2023. Ils ont également rénové des passerelles jugées dangereuses par des experts. Grâce à leur dévouement, ces joyeux bénévoles ont réussi à mener à bien ces travaux dans des délais record, et malgré les obstacles liés aux distances et au transport des matériaux.

Travailleurs de la Coop de Roche et racines
Les travailleurs de la Coop Roches et Racines sur les sentiers de Ferland-et-Boilleau.

Nous pouvons être fiers de ce comité et reconnaissants envers ces passionnés qui s’investissent pour assurer la pérennité de nos installations. Bien qu’il reste quelques étapes à finaliser pour compléter le projet à 100%, nous tenons à les féliciter pour le travail accompli au cours des derniers mois. Avec l’aide de la Coopérative Roches et Racines, les derniers travaux devraient débuter au printemps 2025, marquant ainsi l’ouverture officielle de notre réseau de sentiers du camping Petit Lac Ha! Ha!

À noter que le sentier est déjà accessible, bien que certains tronçons du premier kilomètre soient encore en cours de finition, le reste des sentiers est en très bon état.

 

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Les artisans du Bas-Saguenay : entre défis et passion 

Crédit photo : Manon Landry

« Vivre de son artisanat, c’est encore possible… », confie David Gaudreault, forgeron à Petit-Saguenay. « … Mais il faut y mettre tout son cœur », complète Julie-Vanessa, co-fondatrice de la coopérative Minuit Moins Cinq. Ces deux phrases résument bien l’équilibre complexe entre défis et opportunités auquel font face les artisans de notre région éloignée.

Les défis de l’éloignement

Le Bas-Saguenay, avec ses paysages majestueux, inspire la créativité, mais impose également une série de contraintes logistiques aux artisans. Le coût des matières premières est l’un des enjeux majeurs. « Pour acheter la matière première, je dois souvent me déplacer ou payer des frais de transport élevés », explique Kathlyn, potière à Petit-Saguenay.

Un forgeron à l'ouvrage sur son enclume
Crédit photo : Yannick Limary

Ces coûts de transport s’ajoutent aux défis de la commercialisation. Dans une région où la clientèle locale reste limitée, les artisans doivent redoubler d’efforts pour attirer des acheteurs des grands centres urbains. David résume bien le problème : « J’ai souvent à livrer moi-même mes pièces à Québec ou même à Montréal. Cela demande une organisation énorme. »

Toutefois, cette réalité évolue grâce au numérique. Claudia, propriétaire des Rebelles des bois, constate : « Les jeunes pousses, celles qui maîtrisent les outils du web, s’en sortent mieux. » Et elle a raison. Léa, créatrice de Delaine Tricot, illustre parfaitement ce constat : « Ma compagnie a grandi grâce aux réseaux sociaux. J’expédie mes commandes partout dans le monde depuis le bureau de poste de Petit-Saguenay. L’éloignement n’a pas vraiment d’impact pour moi. »

De plus, cette réalité peut certainement être nuancée selon la localisation des artisans au Bas-Saguenay. « Ma boutique donne sur la route principale, ce qui augmente son achalandage », explique Martin Bergeron, co-propriétaire de la savonnerie Au pays des bleuets à Rivière-Éternité. En outre, des villages attirant une clientèle touristique internationale comme L’Anse-Saint-Jean assurent un achalandage « pendant plusieurs mois de l’année », selon Claudia.

Une communauté soudée et inspirante

Un joallier dans son atelier
Crédit photo : Yannick Limary

L’éloignement des grands centres urbains est aussi un éloignement des grosses communautés d’artistes et d’artisans. Émile Gilbert, jeune joaillier à Petit-Saguenay, nous confie manquer de professeurs ou d’un mentor : « Pour apprendre c’est plus difficile, je me sers beaucoup d’internet et j’expérimente. »

Malgré ces difficultés, les artisans du Bas-Saguenay trouvent des forces dans leur communauté. Julie-Vanessa témoigne de l’entraide qui règne parmi les créateurs : « On partage des contacts, des idées, et on s’encourage. » Léa renchérit : « Notre communauté est un nid créatif, déménager ici en tant qu’artisane a été une des meilleures décisions que j’ai prises. » Le sentiment de communauté peut finalement s’élargir à l’ensemble de la population. Martin affirme : « Nous sommes une petite communauté tissée serrée, qui se soutient et s’entraide ».

Tous s’accordent pour dire que le cadre naturel joue un rôle primordial pour l’inspiration. « On a un décor époustouflant qui nourrit l’âme des artistes », poétise Julie-Vanessa. Kathlyn va même plus loin : « La nature c’est aussi une ressource. Je trouve des morceaux de bois, des pierres ou des feuilles que j’intègre dans mes pièces. »

La vie rurale, avec son coût de la vie plus bas, son accès facilité à la propriété, sa quiétude et son rythme saisonnier, permet aussi aux artisans de s’organiser. « L’hiver, c’est plus tranquille. On crée et on produit en prévision de l’été, où l’activité reprend de plus belle », explique Julie-Vanessa.

Des clés pour la pérennité

Pour assurer la viabilité de leurs entreprises, les artisans du Bas-Saguenay doivent porter plusieurs chapeaux : créateurs, gestionnaires, marketeurs et logisticiens. Selon Claudia,    « l’artisan doit tout faire par lui-même : produire, vendre, gérer la comptabilité. Ce n’est pas toujours évident. Il faut persévérer et bien s’entourer. »

La polyvalence est donc essentielle, tout comme la capacité à offrir un produit unique et de qualité. Émile insiste : « Être artisan requiert une certaine discipline. Les gens recherchent des pièces authentiques qu’on ne retrouve pas ailleurs. » Pour Kathlyn, le défi est également de maintenir une relation de proximité avec les clients : « Chaque pièce vendue crée un lien. Entretenir cette relation ajoute une valeur émotionnelle à nos créations. »

Pour soutenir les artisans, les communautés locales ont un rôle important à jouer. Les recommandations varient : aide à la recherche de subventions, création d’espaces de vente communautaires, signalisation aux bords des routes, promotion du savoir-faire local ou encore présence et positivisme. David suggère : « Avoir quelqu’un dans nos municipalités qui pourrait nous épauler dans les démarches administratives serait un vrai plus. »

Claudia propose la création d’une vitrine locale pour les artisans : « Si la communauté pouvait gérer un espace partagé de vente comme celui qu’on avait au quai, cela nous permettrait de rester dans nos ateliers pour nous concentrer sur la création. »

Malgré les embûches, les artisans du Bas-Saguenay continuent d’avancer, portés par leur passion, leur communauté et leur détermination. David le résume en s’adressant aux jeunes artisans qui rêveraient d’en faire leur métier : « Si tu crois en toi et en ton projet, tu peux y arriver. Vivre de son art est difficile, mais c’est extrêmement gratifiant. »

Les artisans de la vie !

Crédit photo : Yannick Limary

Comment introduire un numéro consacré aux artisans du Bas-Saguenay sans penser à toutes ces belles personnes que l’on rencontre sur le chemin. Comment ne pas se souvenir du chandail de laine tricoté par cette magnifique grand-mère ou du lot à bois que ce valeureux grand-père a défriché de ses mains. Comment ne pas s’émouvoir devant le chef d’œuvre réalisé en cours d’arts plastiques par notre bambin ou se perdre d’émerveillement devant le talent de jardinier de notre voisin ?

À notre manière, on est tous un peu des artisans … des artisans de la vie. Des artisans du quotidien, à honorer chaque nouveau matin, un sourire en coin. À remercier ces journées où l’on transforme, où l’on partage, où l’on crée, où l’on rit, où l’on est en harmonie avec la vie.

En choisissant ce thème pour le Trait d’union du temps des fêtes, on était loin d’imaginer, en comité de rédaction, qu’il allait nous inspirer autant de questions. Dira-t-on qu’il est artiste ou artisan, le forgeron qui dessine dans le métal des courbes incroyables et uniques en guise de rampe d’escalier ? Pourrait-on inclure le crêpier du village ou même le boulanger dans ce dossier ? Et celui qui concocte des saveurs de bière à partir de récoltes boréales ? Et celle qui travaille le bois comme on façonne des bijoux ?

Arrêtez la musique !

En lisant ce numéro spécial artisans du Bas-Saguenay, vous allez bien vite vous rendre compte qu’il nous était impossible de présenter tout ce beau monde qui foisonne de tant de talent. On a fait le portrait de quelques-uns de ces artisans, dans une précédente édition on a déjà présenté ceux qui mettent en valeur les produits de notre terroir, on en a interrogé d’autres sur la pérennité et les enjeux rencontrés à exercer leur métier, on s’est informé du rôle joué par l’artisan dans la cohésion sociale d’une communauté, on a même essayé de définir la ligne si subtile qui existe entre l’artiste et l’artisan. Bien sûr, cela nous a amené à de nouvelles questions, à un nouveau regard sur le lien qui existe entre innovation et tradition.

Mais ce qui est certain, au milieu de toutes ces questions, c’est que l’on va continuer encore et toujours d’accomplir notre mission ! Celle de mettre en valeur les gens d’ici, de toujours laisser une place de choix aux artisans … aux artisans de la vie !

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