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Esprit de Clocher, le podcast

André Haché et Audrey Girard lors d’une séance d’enregistrement

Un balado pour sensibiliser aux effets néfastes de l’Esprit de clocher dans nos communautés.

Depuis près de 2 ans le Groupe d’Art-Action, formé d’habitants en provenance des différentes municipalités du Bas-Saguenay, se réunit autour des arts de la scène pour agir sur une problématique rencontrée dans les milieux de vie.

Au travers de mises en scène faisant appel à l’improvisation théâtrale, ces citoyens s’interrogent sur les injustices en général. Il leur est devenu indéniable que plusieurs des problèmes soulevés étaient liés entre eux.

L’isolement, les querelles de voisinage, le fossé entre nouveaux arrivants et natifs, les défis d’accès aux services et à des activités diversifiées de loisirs et de culture, les freins aux projets inter municipaux, etc. Plus ils y réfléchissaient et plus cela semblait avoir un visage commun : celui de l’Esprit de Clocher.

Ce projet, qui à l’origine devait donner naissance à une pièce de théâtre, a dû faire comme tous les acteurs du monde artistique dans la dernière année : se réinventer. Il a fallu s’adapter et continuer en mode virtuel pour donner naissance à un podcast qu’il nous tarde de diffuser!

C’est quoi un podcast?

Aussi appelé « baladodiffusion » (balado), un podcast est un format audio qui peut prendre différentes formes (humour, documentaire, radioroman, etc.). Un peu comme une émission de radio, mais que l’on peut télécharger pour l’écouter quand on veut et où on veut!

L’Esprit de clocher! Comment agit ce mystérieux malfaiteur qui nous murmure à l’oreille? … Mais surtout comment lui tourner le dos et élargir l’univers des possibles pour nos belles communautés?

Dans ce podcast humoristique qui prend la forme d’un radio-théâtre de 8 épisodes, vous découvrirez des personnages hauts en couleur qui présentent de manière caricaturale les causes et conséquences de l’Esprit de clocher. Vous serez aussi plongé dans l’univers de l’Ancienne Boréalie, une contrée fictive, mais dont les enjeux ne sont pas étrangers à ceux du Bas-Saguenay!

C’est ce que l’on souhaite vous faire découvrir dans ce podcast qui sera diffusé bientôt via plusieurs plate-formes. Il sera même disponible gratuitement sur CD dans des endroits près de chez vous. Restez à l’affût, vous verrez passer l’information sous peu dans votre journal municipal et sur la page Facebook du projet : Esprit de clocher.

L’A.P.R.S. 40 ans de service au Bas-Saguenay

Nicole Harvey, Maurice Houde et Jacinthe Savard devant les locaux de l'A.P.R.S.

Le 15 juillet prochain, le groupe d’action communautaire de L’A.P.R.S. fêtera ses 40 ans d’incorporation. L’acronyme avait été choisi pour signifier le territoire couvert par l’organisme soit Anse-Saint-jean, Petit-Saguenay, Rivière-Éternité, Sagard. Récemment, la municipalité de Saint-Félix d’Otis s’y est ajoutée.

Les services à la population ont pris naissance au début des années 80, avec la mise en place d’un transport de prélèvements sanguins vers l’hôpital de Chicoutimi. Maurice Houde, avec l’aide d’une quinzaine de bénévoles, en a été l’instigateur. Grâce à un travail acharné et avec l’appui du comité de surveillance de la Caisse populaire de L’Anse-Saint-Jean, il a convaincu les autorités de la santé et des services sociaux, de la pertinence de ce projet. Les gens du Bas-Saguenay pouvaient désormais se rendre à la clinique médicale de L’Anse-Saint-Jean, pour leurs prélèvements sanguins. « Plus besoin de faire des allers-retours en ville, ce qui sauvait énormément de temps aux familles et aux travailleurs », comme le souligne Maurice Houde !

Depuis, plusieurs services ont vu le jour. L’organisme offre les livraisons de médicaments et de dosettes, l’accompagnement pour les visites médicales, la popote mobile, l’alphabétisation avec le Centre Alpha, la clinique d’impôts, l’aide pour compléter des documents, l’écoute téléphonique et le support moral, l’aide alimentaire de Moisson Saguenay, le Centre de jour. Ces services sont principalement offerts aux personnes aînées, celles à mobilité réduite ou celles qui éprouvent des difficultés financières.

Malheureusement, avec la pandémie, certaines activités ont été mises sur pause. Les jeudis, le Centre Alpha et ses ateliers en français, mathématiques, informatique, avait interrompu temporairement ses programmes, pour les reprendre en mars dernier. Les vendredis, le Centre de jour animé par une intervenante du C.S.S.S.  a quant à lui été fermé. Par contre, plus de demandes ont été faites pour la livraison des repas à domicile et pour le service alimentaire de Moisson Saguenay. Également, la coordonnatrice Jacynthe Savard, a aidé plusieurs personnes à s’enregistrer sur le Web, pour la vaccination.

Maintenir depuis 40 ans ces services à la population, ce n’est pas rien!  La présence de nombreux bénévoles n’est pas à négliger. Que ce soit au sein du conseil d’administration, de l’accompagnement pour les visites médicales, la préparation des paniers alimentaires, les bénévoles jouent un rôle primordial. Merci aux huit présidentes qui se sont impliquées depuis la mise en place de l’organisme: mesdames Gervaise Houde, Charlotte Dufour, Rita Gagné, Esther Martel, feu Rose-Aimée Côté, Dany Thibeault, Patricia Daigneault et la présidente actuelle Nicole Harvey. Merci également aux partenaires financiers sans lesquels l’organisme ne pourrait poursuivre sa mission, sans oublier l’aide précieuse de Pierre-Luc Gobeil, travailleur communautaire.

Souhaitons sincèrement que l’organisme poursuive sa mission encore longtemps dans la communauté, mission qui a pris de l’ampleur au fil des ans avec des défis à relever toujours plus grands!

Il était une fois…

Ces quelques mots possèdent à jamais un pouvoir magique. Le pouvoir de nous embarquer, le temps d’un récit, dans un voyage singulier pour des pays lointains et merveilleux. C’est à travers ces pays de rêve, parfois très drôles, que les conteurs du fjord du Saguenay arrivent à faire passer l’hiver ou à faire oublier la fatigue des travaux journaliers.

Quand cette magie opère, la parole du conteur est capable de nous transformer, de nous enseigner que les épreuves existent, mais que l’on peut les surmonter. Elle peut même nous qualifier pour le bonheur, au même titre que les héros de ces histoires merveilleuses. « Le conteur, lui, est là comme le jongleur dans l’arène du cirque. Mais ses ballons sont des paroles. Et si on l’estime écrivain, il a pour page blanche les visages, les regards, les bouche bée et les silences de ceux et celles qui l’écoutent ».[1]

Cette parole conteuse a une incroyable capacité à nous aider à entrer en contact avec notre potentiel de guérison. Les grands guérisseurs le savent, la parole est une huile bienfaisante qui pénètre aussi sûrement qu’une crème. Elle passe à travers le conteur et touche toute la vie qui écoute.

Trois histoires à prendre en guise de vitamines

Reprendre le flot de la vie

Je me souviens avec bonheur de ces moments durant lesquels mon grand-père racontait ses contes. Nous goûtions intensément ces instants qui nous étaient dédiés exclusivement. Il savait capter notre attention et susciter notre intérêt durant ces soirées magiques où lui et nous semblions avoir le même âge. On s’identifiait au même héros, on tremblait devant les épreuves que Tit-Jean devait surmonter, on faisait nôtre ses succès. On vivait un plaisir partagé et cette parole nous faisait du bien. « Je commencerai par le plus mystérieux : les contes nous font du bien parce qu’ils viennent d’ailleurs. Ils ont parcouru des mondes et traversé des mers, ils ont bondi à travers le miroir de l’ordinaire et débarquent en nous tout couverts de poudre d’astres. Peu importe le nom qu’on donne aux pays des métaphores, l’inconscient, la poésie, l’imaginaire, ces migrateurs extravagants nous secouent et nous font tout un bien. ».[2]

Durant la pandémie, j’ai senti le besoin de retrouver mon cœur d’enfant en renouant avec la lecture des « Menteries drôles et merveilleuses » et des « Contes scatologiques ». Me replonger dans l’univers de la Reine Blanche et de la Lampe Merveilleuse, dans les aventures de Tit-Jean et de Dole, ont été pour moi une expérience des plus salutaires dans ma traversée de cette épreuve sanitaire. Revivre avec ces héros des émotions d’adversité, semblables à celles que l’on vit actuellement, m’ont fait du bien psychologiquement.

En convoquant de vielles terreurs, ces contes ont sollicité mon courage pour que je m’en sorte et que mes dragons se révèlent être des fées.

À la fois divertissants et captivants, ces contes ont nourri mon imaginaire et m’ont permis, entre autres, de sortir de mon quotidien, de m’évader, en mettant en parenthèse mes responsabilités et mes tracas, bref de reprendre le flot de la vie. Ces contes-là ont bichonné mon âme afin qu’elle s’aère du virus.

Se faire du bien en partageant un rêve commun

En rangeant le disque audionumérique dans sa pochette à l’intérieur du recueil « Contes » de Michel Faubert, Bertrand Bergeron, conteur émérite de Saint-Bruno en Lac-Saint-Jean, s’est souvenu d’une très belle histoire.

« Madame Gagnon, de Bégin au Saguenay, cette merveilleuse conteuse dépositaire du répertoire de son père, me racontait que ce dernier, devenu aveugle, avait consacré le reste de son existence à conter, un art qu’il pratiquait naturellement puisqu’il en avait été gratifié à sa naissance. Sa réputation dépassait largement l’étroit cercle familial et s’était répandue dans tout le canton au point qu’on venait, des villages avoisinants, l’emprunter, ainsi disait-elle, certaines fins de semaine pour qu’il se produise lors d’occasions spéciales. Car telle est la fonction sociale du conteur, son utilité première et vitale. Il ne s’emploie pas à hisser des tranches de vie à la hauteur d’œuvres d’art puisque son grand œuvre consiste à créer de la vie, à la faire émerger là où elle n’est pas, à l’entretenir par son rappel quand elle vacille. Quand la parole souveraine du conte est proférée haut et fort par un locuteur qui la sert avec dignité, il n’est pas exagéré d’affirmer qu’elle possède des pouvoirs thérapeutiques : elle nous lave des poussières et des scories que le quotidien, avec son lot de servitudes et de nécessités contrariantes, dépose sur nos existences, elle nous restaure, nous rénove, nous refonde, nous refait un moral suffisamment trempé pour reprendre et supporter à nouveau le fardeau des travaux et des jours. S’oublier soi-même, prendre congé de soi, ajourner les décrets du destin, aérer son esprit, refaire le plein d’énergie, déployer les ailes de son imagination pour ne pas qu’elles s’atrophient, rêver qu’ailleurs peut se vivre ici et maintenant, et quoi encore ». [3]

Guérir l’âme et la communauté

Donald Deschênes, folkloriste et conteur de la Gaspésie, nous livre ici une confidence très touchante sur un nouvel usage du conte avec des personnes gravement malades. « Depuis la retraite, je suis devenu bénévole pour la Maison Michel Sarrazin, destinée aux soins palliatifs pour cancéreux. Il y a là un bûcheron, un homme d’une quarantaine d’années qui a le cancer du palais, les deux yeux cautérisés, plus de nez. Pour ceux qui fument encore, je peux vous dire que le cancer du palais, ce n’est pas beau à voir. Tout le monde en avait peur. La femme médecin qui était là me dit : « Va donc le voir ». J’arrive et je lui dis : « Vous êtes bûcheron ? – Oui, monsieur. » J’ai dit : « J’ai déjà vu des photographies de grands traîneaux chargés de billots qui dépassaient les arbres, tirés par deux chevaux. Comment faisiez-vous ? » Là, il faut reprendre la parole de Pierre Perreault : il m’a pris la parole puis il l’a gardée pendant trois heures. Pendant ces trois heures, cet homme qui souffrait n’a pas pris une pause. Ses douleurs étaient supprimées. À la fin, il m’a donné la main et il a dit : « C’est le plus bel après-midi de ma vie ! » Il est mort le lendemain. Voyez-vous? La parole l’avait guéri pendant quelque temps. Ce que les conteurs faisaient, ils guérissaient leur communauté, ils apportaient la parole. Ce n’est pas mort, ça continue. Il s’agit pour nous autres de la reprendre la parole, de la porter ».[4]


[1] Henri Gougaud, 1994

[2] Interview de Patrick Fischmann par Bertrand Audouy, paru dans Mythologie Magazine. Hors-série numéro 25.

[3] Faubert, Michel. Contes. Montréal, Planète rebelle, 2016, Bertrand Bergeron, Rabaska.

[4] Les voies/les voix de la tradition : faire du neuf avec du vieux, 2003, Donald Deschênes, Rabaska.

D’hier à aujourd’hui

L’aménagement du terrain sur la rue Notre-Dame de Rivière-Éternité

Dans les années 1980, le site de la Société développement touristique de Rivière-Éternité roulait à sa pleine capacité. L’entreprise avait en sa possession dix chalets en location, un grand restaurant, une boulangerie, un terrain de mini-golf, un anneau de glace, une érablière, la location de cabanes à pêche, etc. Lorsque l’on parle de ce beau projet aux citoyens de la place, tous sont d’accord pour dire que Rivière-Éternité avait alors un superbe site. C’était vivant, avec des gens qui fréquentaient les lieux quatre saisons dans l’année. Ça bougeait!

À son arrivée, la SÉPAQ a malheureusement fermé ce site et dirigé ses activités principales vers les territoires du Parc national du Ford-du-Saguenay. Dernièrement, la municipalité de Rivière-Éternité a fait la demande aux instances concernées afin de récupérer le fameux terrain et ses infrastructures, et ainsi pouvoir les développer à nouveau.

C’est donc en juillet 2020 que la municipalité est devenue propriétaire officielle de ce terrain. La nouvelle récente d’une aide financière, accordée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’une entente de vitalisation pour l’année 2021-2022, permettra de démarrer ce projet. La municipalité veut faire revivre ce site. Les orientations tourneront autour de l’implantation d’un centre multifonctionnel pouvant inclure une aire de restauration et de repos, ainsi que des locaux pour les organismes municipaux. L’aménagement du site, incluant un parc avec modules de jeux pour enfants et des jeux d’eau, permettra d’accueillir également des véhicules récréatifs. L’implantation de chalets locatifs individuels et d’un chalet-dortoir ainsi que des sentiers de promenade et un accès à la rivière sont également prévus. Enfin, une aire d’activité publique à partir des bâtiments existants y sera aménagée.

Cela fait plusieurs années que la municipalité travaille à ce beau projet, et c’est avec enthousiasme qu’elle s’apprête à œuvrer à sa réalisation. C’est un avantage indéniable que de pouvoir développer un site au cœur du village et à l’entrée du Parc national du Fjord-du-Saguenay, où des dizaines de milliers de personnes circulent chaque année. De plus, avec la crise sanitaire, des installations comme celles-ci dans des milieux espacés, sont de plus en plus recherchées. Ce projet vise également à développer des partenariats avec différents acteurs du milieu, organismes, entrepreneurs, commerçants, artisans locaux, etc. Si vous êtes tentés par l’idée de développer un nouveau concept, ce site pourrait être un levier pour une entreprise ou un nouveau service offert dans le milieu. Toute idée vaut la peine d’être évaluée!   

Cet hiver, nous avons mis en place un sentier de raquette qui fût très apprécié de ses utilisateurs. Nous espérons que ce site enchanteur saura exploiter son plein potentiel comme cela a déjà été le cas par le passé.

Se laisser chatouiller l’imaginaire par les souffleurs de rêves du fjord du Saguenay.

« Je m’en vas à la chasse »

Dans les années 1950, les québécois et québécoises prennent grand plaisir à se souvenir de leurs ancêtres, à se rappeler leurs chansons, contes, légendes, dictons et proverbes. Toute cette culture orale populaire avait été laissée à la porte des recueils littéraires. Les gens cultivés la boudaient parce qu’elle venait de gens illettrés et peu instruits.

À l’Université Laval, de nouveaux artisans du savoir populaire, convaincus de la valeur et de l’importance des traditions orales comme miroir des civilisations, partent à la chasse : « On va appuyer le peuple québécois et descendre sur le terrain pour les aider à recueillir tous ces trésors enfouis dans la mémoire des gens du peuple ». Conrad Laforte s’était montré intéressé à récolter les contes du royaume du Saguenay auprès de ses collègues. Il leur avait dit : « Depuis plusieurs années, vous autres, vous avez recueilli beaucoup de contes dans le comté de Charlevoix et les gens du Saguenay viennent de là. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a beaucoup de camps de bûcherons dans la région. Vous le savez, ce sont dans ces camps-là qu’on retrouve les conteurs populaires ».

Conrad Laforte se rend une première fois en 1954 à L’Anse-Saint-Jean où il rencontre celle que l’on appelait madame Grégoire Côté, ici à son érablière en compagnie d’Isidore, un de ces garçons.

Son magnétophone à la main, Conrad part à la chasse aux contes. On est en 1954. Il se rend, pour la première fois, à L’Anse-Saint-Jean, chez Johnny Lavoie puis chez madame Grégoire Côté, née Mélanie Houde. « Elle avait de beaux contes, elle, puis ses garçons jouaient du violon. C’était des bons vivants ». Cette fois-là, monsieur Laforte reste assez longtemps en enquête à L’Anse-Saint-Jean, puis au Petit-Saguenay. C’est là qu’il rencontre son informateur Jos Boudreault, conteur dans les chantiers. Ce bonhomme-là était drôle puis il faisait des farces. Une fois, Conrad Laforte lui demande combien il a d’enfants. Il lui répond : « J’en aurais bien plus que ça si j’avais plus de femmes ».

« Écoutez, je m’en vas vous conter »

Certaines compagnies forestières engageaient même des conteurs pour divertir leurs engagés le soir ou les fins de semaines : les boss s’étaient rendus compte que les hommes avaient plus d’entrain et de cœur à l’ouvrage s’ils avaient eu la veille une bonne veillée de contes. Un jeune homme disait en parlant d’un conteur : « C’était tellement plaisant avec ce vieux-là qu’on avait toujours hâte au soir pour l’entendre conter. On voyait pas l’hiver ».

Ces « jongleurs du billochet »[1] apportaient du merveilleux et du bonheur à ces bûcherons, besognant la plupart du temps dans des conditions de vie et de travail ressemblant souvent à de l’esclavage.

Comme beaucoup de conteurs, mon grand-père Ernest Gagné exerçait son art dans les chantiers. À ce moment-là, il n’y avait pas de télévision, ni de radio. Les bûcherons fatigués de leur longue journée, se reposaient d’entendre un conte. Et le conteur, ça ne le fatiguait pas, il pouvait conter des contes comme ça tous les soirs, et il n’en manquait jamais !

« Menteries drôles et merveilleuses ».[2]

Pas besoin de vous dire que Conrad Laforte avait fait toute une récolte de contes avec ses arrêts à L’Anse Saint-Jean, au Petit-Saguenay et à Chicoutimi où restait alors mon grand-père. Son panier était plein d’histoires typiques et uniques par leur verve populaire et par leur truculence toute rabelaisienne. Content de sa cueillette, il se plaisait souvent à dire: « Ce n’est pas surprenant! J’ai eu la chance de rencontrer quatre fameux conteurs avec toute une mémoire, capables de nous tenir en haleine et de nous ménager des effets de surprise. Madame Mélanie Houde, veuve de Grégoire Côté, messieurs Johnny Lavoie, Joe Boudreault et Ernest Gagné ont droit à toute ma reconnaissance, ils sont les véritables auteurs de ce corpus de contes populaires ».

Les années passent. On est en 1978. Vingt-cinq ans après sa fructueuse récolte de traditions orales dans le fjord du Saguenay, l’ethnologue retourne à ses enregistrements. Là, il réécoute religieusement tous ces contes et se dit : « Il faut absolument que je préserve de l’oubli quelques-uns de ces beaux contes, souvent vieux comme le monde ». Il choisit dix-sept histoires, colorées et savoureuses à souhait, pour le recueil qu’il a en tête. Ce n’est pas tout! Il faut trouver un bon titre qui va avec ces contes-là. En fouillant dans ses souvenirs, il se rappelle avoir rencontré un informateur mentionnant que ce qu’il lui avait raconté ce n’était pas des contes mais bel et bien des « Menteries drôles et merveilleuses ».

La table est mise et le menu varié. (Sur notre site internet, vous pouvez consulter un résumé de certains contes publiés dans cet ouvrage).

« Il est venu le temps des surprenances [3]»

Les contes oraux de madame Houde, de mon grand-père Ernest et des messieurs Lavoie et Boudreault constituent une richesse culturelle très souvent ignorée et tout autant insoupçonnée. C’est à travers de tels récits que la culture populaire québécoise rejoint l’universel.

Plusieurs de ces contes ont terriblement voyagé depuis leurs origines de l’autre bout du monde, il y a de cela parfois plus de mille ans. Dans l’histoire de monsieur Lavoie Les trois filles vendues aux trois chevaux, on trouve des éléments de récit déjà présents dans le conte égyptien des Deux Frères, datant du XIIIe siècle avant Jésus-Christ.

Dans son autre conte, L’ours qui marie une fille, le sujet de l’histoire est en lien avec la trame du récit d’Un animal comme mari, exploitée par Apulée, auteur des premiers siècles de l’ère chrétienne (125-180), dans son œuvre Amour et Psyché.

Cette parole, vieille comme le monde, s’est déplacée jusqu’à nous par les mille bouches des plus humbles des sociétés anciennes, et les conteurs du fjord du Saguenay l’ont réinventée à leur façon.

Ces porteurs et cette porteuse de traditions nous présentent un magnifique reflet de l’imaginaire collectif de l’humanité et une belle illustration de contes qui viennent de creusets aussi lointains que les contrées d’Orient.

La couleur et la saveur toute saguenéenne de ces contes

Il est fascinant de voir comment le milieu est parvenu à transformer un conte aux origines très lointaines pour l’adapter à la géographie et à l’histoire du Bas-Saguenay. On y retrouve une couleur saguenéenne, qui ne tient pas tant aux histoires racontées qu’à la narration des conteurs, vieux résidents et résidente du Royaume, qui emploient une langue populaire, émaillée d’expressions régionales en passe de sortir de l’usage. Les conteurs et la conteuse ne se contentent pas de nous redonner une version de tel ou tel conte, ils savent encore l’adapter au milieu ambiant, soit celui qu’ils connaissent le mieux. Les rois et les reines de madame Grégoire Côté et de mon grand-père ressemblent plus à de prospères cultivateurs qu’à de véritables têtes couronnées. Ces semeurs de rêve ne pouvaient parler que de l’univers qu’ils connaissaient.

Les contes voyageurs

À la fin du conte de « La reine blanche » où mon grand-père demande une « job » au château, il se voit répondre qu’il est mieux de retourner à Chicoutimi, car il est vieux et que les vieux ont droit à une pension du gouvernement.

La présence des sauvages dans le conte de madame Côté « Le petit blanc » est aussi une adaptation locale puisque des tribus des premières nations ont longtemps fréquenté le territoire du Saguenay; ces peuplades tiraient la plus grande partie de leur subsistance de la chasse et de la pêche.

Comment ne pas être impressionné par des contes recueillis sur les lèvres d’une fermière, de deux bûcherons et d’un coureur de bois de L’Anse-Saint-Jean et du Petit-Saguenay et qui contiennent des éléments de grandes œuvres littéraires universelles ?

Dans un des contes de mon grand-père, La courroie, on peut y reconnaître l’intrigue de la pièce de Shakespeare, le Marchand de Venise, dans laquelle Shylock, un usurier, exige d’Antonio, un marchand ruiné par la perte de ses navires, le prélèvement d’une livre de chair tel que stipulé dans leur contrat, au cas où il ne rembourserait pas les 3000 ducats empruntés. C’est en définitive un juge qui tranche la question, en permettant à l’usurier d’exercer son droit en autant qu’il n’attente pas à la vie d’Antonio.

Dans un autre de ses récits, La vache malade, l’histoire peut être rattachée à un fabliau du Moyen Âge Le paysan médecin, qui aurait inspiré à Molière le canevas de sa pièce Le médecin malgré lui.

Un des contes d’animaux que monsieur Lavoie nous communique, Le renard parrain, évoque le cycle du renard qui jouissait d’une immense popularité au Moyen Âge où pendant presque deux siècles, de 1152 à 1328, près d’une trentaine de poètes connus ou anonymes ont célébré cette épopée animale qu’est le Roman de Renard.

Un autre récit du même conteur, La lampe merveilleuse, n’est rien de moins que l’histoire d’Aladin ou la lampe merveilleuse que Schéhérazade raconte à son mari le sultan Schahriar dans les Mille et une Nuits.

Les trois filles vendues aux trois chevaux est un conte de monsieur Lavoie perpétuant le souvenir d’une coutume très ancienne qui a encore des ramifications dans le présent. Nous pouvons lire de temps en temps dans les journaux, l’histoire de parents qui vendent leur enfant pour survivre.

Un couple de yougoslaves a vendu deux de ses six enfants à un riche Suédois, dont ils ne connaissent même pas le nom, pour la somme de 700 couronnes (environ 160$), annonçait le journal Novosti.

Toma Pese, 46 ans et sa femme Ivka, 36 ans, de Croatie ont ainsi vendu leurs deux fillettes âgées de deux et neuf ans, parce qu’ils ne pouvaient plus subvenir aux besoins du reste de la famille.

« Je les ai données à un homme pour qu’elles vivent mieux. Je suis malade, je ne sais même pas comment faire vivre les quatre enfants qui me restent ». (Source, Le soleil de Québec)

Que cette histoire ait un fond de vérité, cela est très probable; mais si on apprend un jour que le riche Suédois était un ogre, nous aurons alors une variante du conte populaire de monsieur Lavoie.

La conclusion de ce récit, qui a comme motif le thème de l’âme conservée hors du corps (La vie du géant est contenue dans l’œuf d’un pigeon), nous plonge en pleine Antiquité. En effet, ce thème apparaît déjà dans le conte égyptien des Deux frères qui remonte au XIII e siècle avant Jésus-Christ.

Comment ne pas être captivé par Tit-Jean, le héros coloré et merveilleux de ces contes?

Tit-Jean est le personnage central de plusieurs contes. Selon les histoires, il devient l’ami des rois chez qui il travaille, il apprivoise des fées, tisse des liens avec des animaux pour récupérer une lampe merveilleuse au fond de la mer, charme une princesse tout simplement en se promenant devant son château avec ses beaux petits cochons aux couleurs si remarquables.

Un informateur disait à Conrad Laforte : « Toujours que c’garçon-là s’appelait Tit-Jean. C’est toujours des Tit-Jean qui sont pas mal smatt, ben intelligents ».

Parfois, il représente le monde de la ruse. Dans un des contes de mon grand-père, Tit-Jean ne se gêne pas pour profiter de toutes les occasions afin de dépouiller un roi de tous ses biens ou d’extorquer l’argent d’un hôtelier et de trois voyageurs.

Dans chaque narration, le héros est confronté à divers obstacles qu’il doit franchir. Mais il trouve toujours le moyen de se tirer de situations qui paraissent au départ insurmontables. On est donc constamment tenu en haleine, car la réussite de Tit-Jean n’est jamais assurée.

C’est bon de vous dire aussi que notre Tit-Jean des contes est connu depuis longtemps et a déjà fait des siennes ailleurs dans le monde. Il partage même des traits et des exploits communs avec d’autres héros d’origines très lointaines comme Gilgamesh, Enkidou, Héraclès ou Lancelot. Il n’a pas cessé d’exister au cours des siècles et se retrouve encore bien vivant dans plusieurs contes de nos artistes de l’art du récit du fjord du Saguenay.


[1] Jongleur du billochet : jongler avec les mots. Le billochet était le nom donné à la bûche servant de siège aux conteurs dans les chantiers et sur laquelle il était le seul à avoir le droit de s’asseoir.

[2] Menteries drôles et merveilleuses. Contes traditionnels du Saguenay, recueillis et présentés par Conrad Laforte, Éditions Quinze « Mémoires d’homme » 1978. Deuxième édition : les Quinze éditeur, 1980; troisième édition : Contes traditionnels du Saguenay, Éditons (Nota bene) Va bene, 2001.

[3] Surprenance, terme utilisé par Fred Pellerin pour désigner surprise

C’est l’histoire d’une Coop …

David Gaudreault, l’unique propriétaire de la bâtisse, garde son atelier de forge, et la Coop Minuit Moins Cinq, avec ici Julie-Van Tremblay et Marielle Huard, loue le reste du bâtiment.

Dans les anciens locaux de la Coop d’alimentation de Petit-Saguenay, transformée il y a quelques années par les Ateliers Bois de Fer, une nouvelle Coopérative de travailleurs s’installe, comme une boucle qui se boucle. « Minuit Moins Cinq déménage au coin de la rue de la Coopération, ça ne s’invente pas de telles coïncidences » s’exclame Marielle Huard, l’une des quatre partenaires de l’aventure textile. Au cœur du village de Petit-Saguenay, ce sont maintenant deux entités distinctes qui vont occuper les lieux, David Gaudreault, l’unique propriétaire de la bâtisse, garde son atelier de forge, et la Coop Minuit Moins Cinq (MMC), qui loue le reste du bâtiment.

Le déménagement de la Coop MMC s’inscrit totalement dans la vision municipale de développement durable.

« La machine à idées est sur le break depuis nos débuts. Là on va pouvoir passer la première, ouvrir une boutique, ouvrir une friperie, c’est dans nos aspirations depuis longtemps mais on ne voulait pas aller trop vite. Notre Coop est maintenant plus solide, plus structurée, elle est capable d’innover, d’aller vers de nouveaux projets! » poursuit Julie-Van Tremblay.

Lieu de transformation, autant dans la matière que dans les consciences.

La Coop MMC, fondée en 2017, a pour principale mission de diminuer l’excès de tissus, 2e plus grand polluant au monde, qui se retrouve dans les poubelles. Un québécois jette en moyenne 24 kilos de textile par année, 24 kilos c’est colossal quand on sait qu’un polo pèse environ10gr. Toutes les fibres pas naturelles, polyester et autres, finissent toujours par se retrouver dans les océans en fines particules de plastique. Depuis ses débuts, MMC estime récupérer une tonne de tissus par année, avec son projet de Friperie, elle doublera la mise.

Tisser des histoires avec les vêtements récupérés

« Le top de mon sac banane, il est fait avec la veste en suède de Monique Jalbert. C’est une ressource renouvelable extraordinaire sur laquelle on est assis, une matière tellement facile à récupérer et à transformer. C’est du patrimoine textile, il y a toujours un souvenir qui s’y rattache, le tissu de la couverture de ta mère, en le transformant, on transforme cet attachement, on fait vivre les souvenirs dans le présent. » s’enthousiasme Julie-Van avant de continuer avec l’histoire d’un ensemble de mariage en laine tissée d’une madame décédée. « Il a été transformé par MMC en plein de petits projets. Tout le monde, les enfants et les petits-enfants avaient une petite sacoche, un portefeuille, un étui de baleine, tous nos produits MMC faits avec du vêtement de la grand-mère. Il y a eu aussi ces deux chandails de ski avec lesquels on a fait 5 paires de mitaines pour les enfants. »

Si le linge des années 80-90 est encore de qualité, c’est beaucoup moins le cas pour les marques plus récentes, alors raison de plus pour ne pas jeter les vieux habits qui trainent encore dans les greniers. Une campagne de socio financement pour le lancement de la Friperie sera bientôt dévoilée, histoire d’impliquer la communauté dans ce projet communautaire !

La Halte Gourmande pour une troisième saison

Crédits photos : Manon Landry

Le comité touristique de L’Anse-Saint-Jean, en collaboration avec ses nombreux partenaires, présente pour une troisième année une programmation estivale de premier choix sur le quai municipal.

Les activités de ces Haltes Gourmandes se dérouleront lors de quatre fins de semaine à compter du 17 juillet, et jusqu’au 29 août. Vous pouvez consulter la programmation dans la présente édition.

Plusieurs producteurs seront encore au rendez-vous cet été afin de vous faire découvrir leurs produits et ce, dans une ambiance bucolique. De plus, la partie musicale ne sera pas en reste avec une variété de spectacles qui sauront plaire aux mélomanes, puisque vous pourrez y entendre de la musique pop, country, jazz, musique du monde. Des ateliers et une journée dédiée aux enfants sera offerte le 31 juillet 2021. Enfin, une épluchette de Blé d’inde avec Bruno Rodéo, homme-orchestre du Lac-Saint-Jean (Rock-country), clôturera la saison le dimanche 29 aout.

Dans un souci de faire rayonner ce produit d’appel qu’est le majestueux fjord du Saguenay, la concertation entre les différents villages du Bas-Saguenay se poursuit avec un nouveau partenariat, puisque Sainte-Rose-du–Nord et Petit-Saguenay se joindront cette année à L’Anse-Saint-Jean.

Autour de cette thématique, le quai de Petit-Saguenay Saguenay présentera les tours contés (Odyssée) et des artisans locaux, tandis que Sainte-Rose-du-Nord accueillera des artistes peintres. Ce partenariat permettra aux programmations des trois quais d’être publicisées ensemble, et par le fait même, chaque organisation invitera les gens à visiter les trois quais, lors de leur séjour dans le Bas-Saguenay.

Le 4 septembre aura lieu la deuxième édition du festival du four à pain. Atelier de cuisson au Centre culturel du presbytère, parcours gourmand, musique traditionnelle et plus encore vous attendent au seul festival du genre au monde. À L’Anse-Saint-Jean, plus d’une quarantaine de fours à pain s’y trouvent et la beauté de tout cela, c’est qu’ils ont chacun une histoire rattachée à leur construction, qu’elle soit cocasse ou historique. Le 4 septembre prochain, les odeurs de pains, pizzas, brioches, viandes et autres mets envahiront le village.

Cette année, le comité touristique de L’Anse-Saint-Jean s’est doté d’une image de marque avec un logo qui représente un paysage typique de la région : le fjord et ses montagnes. Cette image représente la beauté de la région, la nature et les activités qui peuvent s’y pratiquer. Les silhouettes représentent le côté coopératif du comité : des gens impliqués qui s’unissent pour faire découvrir leur région.

C’est donc une invitation à venir nous visiter cet été qui est ici lancée. Venez découvrir nos artisans et artistes, mais aussi l’accueil chaleureux des gens d’ici.

Ferland-et-Boilleau, une municipalité forestière.

Annabelle St-Hilaire, Carolanne Barrette, Éliot Lepage, Matis Girard et Arnaud Boivin de l'école St Gabriel à Ferland-et-Boilleau

Défriché par ses premiers colonisateurs, le village de Ferland-et-Boilleau se distingue comme municipalité forestière. Ce jardin à échelle géante est une pierre angulaire de l’économie locale et de nombreuses entreprises forestières travaillent sous le chapeau de la Coopérative forestière Ferland-Boilleau. Cette richesse naturelle est parcourue par des milliers de touristes qui veulent s’évader en forêt pour vivre un moment de tranquillité et d’aventure ou profiter de ce magnifique territoire de chasse et pêche.

La forêt est bien ancrée dans l’âme des ferboilliens et c’est pour cette raison que l’on tient à souligner le Mois de l’arbre pour sensibiliser et éduquer les gens sur cette ressource naturelle renouvelable.

On met un accent particulier sur l’implication des jeunes enfants, car ils seront bientôt les gardiens de la forêt. Cette année, l’association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Coopérative forestière, l’école de St-Gabriel et la municipalité ont mis la main à la pâte pour développer un rallye forêt dans le sentier des Pins au site du Pont Couvert pendant tout le mois de mai. Avec l’aide des naturalistes de l’Association, les élèves ont fabriqué des animaux en bois qui mènent les visiteurs du sentier sur un parcours de questions portant sur la forêt, les arbres et les espèces qui l’habitent. De plus, la municipalité a distribué près de 1100 plants aux citoyens et villégiateurs du village!

Quand la mémoire vivante inspire le présent

Élias Côté pose fièrement devant la photo de son grand-père Arthur.

C’est le shift de nuit, un homme travaille. Entre le ronron de la machine et le monologue de la radio, le temps s’égrène. Il éteint le poste pour vivre un moment de silence. Tout à coup, des images se dessinent; une belle grande tablée d’enfants, le cliquetis des fourchettes et des cuillères chantent. Les petites voix se mêlent à la voix grave du père Vital et pépiant tout autour, la voix claire de madame Antoinette gère le repas.  Mais il y a un autre ti-gars qui est là, venu d’ailleurs, le 13e au bout du banc. Car, dans c’te monde-là, on laisse personne tout seul.  Ils seront treize à la douzaine!

Dans le roulis de la nuit, l’homme redevient ce petit garçon timide du bout de la table. Et c’est ainsi, que la NUIT jeta un sort à Élias Coté.  Il renaît en conteur- passeur de tendresse.  Ses mains et ses mots tissent une belle grande laize sur le métier à tisser des histoires. Désormais, les nuits seront peuplées des personnages de sa vie et réchaufferont les cœurs de tout un village.

Élias Coté est rendu à l’âge où il a écouté les histoires de son grand-père Arthur. Assis à côté de l’enfant, le grand-père parle et nourrit l’âme pour l’enraciner. Il explique comment faire un travail, donne le mouvement au fur et à mesure jusqu’à ce que le jeune soit capable de bien accomplir la tâche. Il guide, et rassure par sa présence pleine. Le jeune Élias écoute le monde des grands, observe les détails, ressent l’émotion dans les mots et entend les bruits d’un lieu.

Puis un souffle plus grand que soi s’échappe pour conter la vie des hommes qui l’ont forgé en tant qu’être humain. Arthur, attentif à la floraison du petit homme, Félix son père, au quotidien travaillant, Vital, le forgeron au grand cœur et à la force herculéenne et Élias Houde, pour la droiture. Y a aussi les femmes, Antoinette, la conciliatrice et Tante Martine, la scruteuse d’âme du quêteux.

Au chalet numéro 4 du Club des messieurs à Petit-Saguenay, les souvenirs font danser le présent.

Élias Coté, de Petit-Saguenay, nous dit :

« Dans mes contes, je nomme les personnes, ça fait revivre ces gens-là, ça empêche le passé de disparaître...

Le passé lance une tite corde, une ficelle avec son petit grappin, dans l’présent. De temps à autre, le passé accroche kekchose, il refait surface. Le conte surgit dans le présent. »

Depuis plus de 30 ans, Élias reçoit les images vivantes, les bruits du quêteux qui marche en « tac tac toc », parce que le bonyenne boîte seulement si on le regarde!  Puis, il sent les odeurs du pâté breton et du pain chaud après les foins. Notre conteur possède un sixième sens pour capter les émotions et la finesse du récit.

Le fjord, avec ses puissantes vagues, ses falaises de roc fuselées, ses forêts à défricher, ses rivières impétueuses qui cascadent au village agrippent l’humain et celui-ci doit survivre avec ses mains et sa volonté. Le capitaine Lavoie porte l’étoffe d’un héros tout comme la PDG de la ferme, madame Antoinette, qui doit faire rouler son monde. Ces personnages deviennent plus grands que nature car survivre coude à coude, demande un dépassement et inspire les combats de demain. 

Le conte, ça fait circuler le courage dans les veines d’un village.

En 2019, les contes d’Élias Coté se déploient dans le spectacle Marguerite et Odyssée, la navette de Petit-Saguenay. Jean Bergeron, complice des premières heures, la chorale du village et plusieurs résidents de Petit-Saguenay participent à l’ouvrage bien ciselé. Quel succès!

En 2020, lors du lancement des POPS, (Produits Originaux Petit Saguenay), une rencontre mémorable se produit entre deux conteurs escogriffes, dont l’un est issu des lutins et des fées et l’autre, de souche et de rivière.

Cette rencontre unique avec Fred Pellerin, orchestrée par un joueur de tour céleste, allume des étincelles dans les yeux. Les deux conteurs se sont apprivoisés puis Fred pose une question. Et c’est là, que le conte d’Elias s’est « débobiné ». Notre fabuleux conteur a ainsi présenté, solennellement, le fjord à Fred Pellerin. « Y avait d’la magie ! »  Un bon serrage de mains, une jasette de connivence, des raconteux qui se reconnaissent et qui partent à rire. Un sentiment d’harmonie et de grande envolée a uni les deux hommes, hors du temps, avec comme témoin, le fjord grandiose.

Arthur Côté. le fils du postillon Charles Côté.

En décembre 2020, avec la marche des sportifs de rue, le projet fait revivre le conte de l’arrière-grand-père Charles, le postillon. Cet homme qui a gravi les montagnes, descendu les vallées pour remonter encore des milles et des milles. Il avalait la côte en allant vers Rivière-Éternité puis s’abreuvait à même la rivière! C’est un titan besogneux et humble, qui marche chaque semaine, digne de la confiance des gens, pendant 30 ans !

À sa manière, le postillon inspire la persévérance et le respect aux jeunes d’aujourd’hui. Sans même le savoir, ces jeunes ont choisi le même parcours. Eux aussi ont rencontré leur âme, un dimanche… Mais pour ça, faut écouter le conteur!

Le conte, ça sert à tisser un lien entre le passé et des valeurs de base comme la solidarité, l’entraide et la compassion; de petites leçons de vie livrées avec humour pour les défis actuels.

Devenir conteur, ce n’est pas un choix offert à l’école des métiers!  Pour Élias, c’est une impulsion qui vient de l’intérieur. Il veut transmettre le sentiment d’appartenance dans le cœur des nouveaux arrivants. « La plus grande force qu’on a, c’est quand on appartient à quelque chose. » Élias dit qu’il appartient aux gens qui lui ont offert leur confiance, qui remontent son estime. La nature nous arrime aussi. Il appartient au croche dans la rivière, là où se niche le saumon, à la vue sur la montagne, à l’Anse au cheval sur le fjord. Ce n’est pas pour rien, quand on écoute Élias le conteur, qu’on entend des mots de forêt, car il y puise les racines de ses contes.  

Dans le tumulte du XXIe siècle, avec les échanges virtuels incessants, quand la mémoire vivante émerge des contes, il en ressort une puissance qui nourrit.

Il devient judicieux de creuser dans nos racines pour approfondir la rencontre avec soi et ressurgir plus fort. Avec sa parlure agile, Élias Coté continue de talonner l’avenir avec délicatesse et profondeur pour nous inspirer foi et débrouillardise.

Un été en mouvement sur les quais du fjord du Saguenay !

Le quai de Petit-Saguenay sera animé les samedis 24 juillet et 7 août prochains grâce à la présence de kiosques d’artisans et une programmation de performances artistiques et musicales! Il y aura sur place lors de ces deux journées des musiciens de Petit-Saguenay (Les Hillbilly), de la vente de produits artisanaux ainsi que de la danse avec DJ’S en soirée!

Cet évènement représente une belle occasion de découvrir ou de redécouvrir la beauté des lieux et le talent des artisans locaux. Le point de vue unique sur le fjord ainsi que les couchers de soleil font du quai municipal un endroit idéal pour se divertir, pique-niquer et échanger entre citoyens, citoyennes, nouveaux arrivants et visiteurs.

L’animation du quai de Petit-Saguenay est une proposition qui se veut complémentaire aux Haltes-Gourmandes de l’Anse-Saint-Jean, qui organise 4 fins de semaine d’animation sous la forme d’un « Marché public ». Afin de respecter cette offre qui se concentre sur le volet agroalimentaire, l’animation du quai de Petit-Saguenay propose de son côté des produits artisanaux originaux locaux.

Cette initiative vise à encourager l’animation des quais du fjord du Saguenay, puisque notre voisin de la rive sud, Sainte-Rose-du-Nord, offrira des activités à toutes les fins de semaine de l’été.

Une belle occasion de présenter les quais comme des points d’intérêts et favoriser l’attractivité d’un lieu au magnifique point de vue.

Évidemment, ces évènements respecteront les mesures sanitaires émises par la Santé publique concernant la pandémie de COVID-19. Les consignes de distanciation et le lavage des mains seront affichés et appliqués sur le périmètre des activités.

Nous invitons donc les artisans qui désirent venir vendre leurs produits à se joindre à la partie les 24 juillet et 7 août prochains en rejoignant : manon.bas.saguenay@gmail.com ou à la municipalité de Petit-Saguenay au 418 272-2323.

De l’autre côté du fjord

Chaque été, le quai de Sainte-Rose-du-Nord s’anime avec une programmation à saveur locale des plus diversifiée. Cet été ne fera pas exception à la règle et de la fin juin jusqu’à la fin août, le conte, le cirque, la musique et des créatures fabuleuses seront au programme pour les petits et les grands. Pour connaître la programmation rendez-vous sur le site de la municipalité.

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