La faune québécoise face au défi climatique

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Crédit photo : Charles Boutin

Les changements climatiques transforment profondément les écosystèmes du Québec. Environnement et Changement climatique Canada prévoit d’ailleurs une baisse de 5 à 10 % de l’équivalent en eau de la neige par décennie d’ici 2050. Dans ce contexte, certaines espèces fauniques tirent profit des hivers plus doux, tandis que d’autres voient leur survie compromise. Entre adaptation et vulnérabilité, la faune québécoise doit composer avec un climat de plus en plus instable.

Parmi les espèces sensibles aux variations climatiques, on retrouve notamment le cerf de Virginie. Des températures plus clémentes engendrent une diminution du couvert de neige, ce qui facilite ses déplacements et l’accès à la nourriture. Ainsi, il atteint plus aisément les jeunes pousses, les arbustes et les résidus agricoles. Le réchauffement climatique favorise également la croissance de forêts mixtes et de milieux agricoles plus au nord, ce qui lui permet d’explorer de nouveaux territoires. Ses meilleures perspectives de survie favorisent l’extension de son aire de répartition vers le nord.

L’orignal, pour sa part, est affecté par les hivers moins rigoureux, lesquels favorisent la survie des tiques. Ces parasites sont d’ailleurs responsables d’une mortalité pouvant atteindre jusqu’à 90 % des jeunes dans certaines régions du Québec (La Presse, 2024). Il est aussi plus vulnérable aux autres parasites et maladies favorisées par le réchauffement. Le déclin éventuel de certaines populations perturbe alors les écosystèmes forestiers, l’orignal étant une espèce clé pour la régénération des forêts. Pour limiter les impacts des infestations, l’orignal fréquente davantage les milieux aquatiques, recherche des zones plus froides et modifie ses déplacements afin d’éviter les territoires infestés.

Chez le castor, les régimes hydrologiques altérés par les sécheresses et les crues de plus en plus fréquentes peuvent perturber son habitat. Les hivers plus cléments et les variations de son environnement prolongent sa période d’activité, ce qui entraîne une multiplication des barrages susceptibles d’affecter les infrastructures, les routes et les terres agricoles situées près des cours d’eau. Par ailleurs, le castor s’adapte aux changements climatiques en transformant activement son milieu : ses barrages et ses étangs génèrent des zones humides qui contribuent à atténuer les effets des sécheresses, des inondations et même des feux de forêt. Cela en fait une espèce dite « ingénieure », capable de rendre les écosystèmes plus résilients.

Crédit photo : Steve Deschênes

Certaines espèces ajustent leurs traits morphologiques, physiologiques ou comportementaux en fonction de l’environnement. Le lièvre d’Amérique, par exemple, retarde sa mue ou conserve plus longtemps son pelage brun en raison des hivers plus courts, ce qui améliore son camouflage en l’absence de neige. Ce phénomène se nomme la plasticité phénotypique. Il désigne la capacité d’un organisme à modifier l’expression de ses traits en fonction des conditions de son environnement. Contrairement au phénomène de l’acclimatation, la plasticité phénotypique est habituellement irréversible. Une fois que le développement est affecté par l’environnement, l’organisme suit sa voie particulière de développement et ne peut plus revenir en arrière.

Sous l’eau, la hausse des températures fragmente les habitats aquatiques, fragilise les cycles de reproduction et accroît la prédation. Par conséquent, les populations locales d’omble de fontaine et de saumon atlantique déclinent de façon significative. En réponse aux modifications de leur environnement, certains individus retardent ou avancent leur remontée des rivières pour frayer dans des conditions plus favorables. D’autres modifient leurs périodes de migration et recherchent des refuges thermiques dans les rivières plus fraîches.

En fin de compte, la diversité des réponses face au climat témoigne de la complexité et de la richesse du vivant. Elle permet de constater la vulnérabilité de nos écosystèmes, mais aussi leur remarquable résilience. Ces dynamiques nous rappellent l’importance de comprendre ces écosystèmes en pleine transformation pour mieux les préserver.

Cabana, Julien. (2024, 27 janvier). Un bilan de saison prévisible pour le chevreuil et l’orignal. Journal de Québec.

Gouvernement du Québec. (s.d.). Cerf de Virginie. Québec.ca. Gouvernement du Québec.

Gingras, Pierre. (2024, 22 novembre). Les orignaux pourraient être décimés par une tique. La Presse

Gouvernement du Québec. (s.d.). Lièvre d’Amérique. Québec.ca. Gouvernement du Québec.

Parmesan, C., & Hanley, M. E. (2017). Plants and climate change: Complexities and surprises. Science, 357(6355), 1–9. Science.

Radio-Canada. (2024). Le castor, un allié dans la lutte contre les changements climatiques. Ici Radio-Canada.

Vörösmarty, C. J., Hoekstra, A. Y., Bunn, S. E., Conway, D., & Gupta, J. (2015). Fresh water goes global. Wiley Interdisciplinary Reviews: Water, 2(2), 77–94. Fresh water.