Ferland-et-Boilleau et le projet d’atténuation des risques d’incendies de forêt
En 2023, de nombreux feux de forêt se sont déclarés dans tout le Québec et la région du Bas-Saguenay n’a pas été épargnée. La situation de Ferland-et-Boilleau, avec un territoire composé à 95 % de forêt, a attiré l’attention de la Sécurité civile qui offre à la municipalité de participer au Projet d’atténuation des risques d’incendies de forêt. « Ce projet, débuté en 2024 et financé à 90 % par le gouvernement, s’étend sur quatre années et propose des investissements de 300 000 $ pour réaliser des travaux de prévention aux incendies. On parle donc ici d’une subvention de 268 068 $ que la municipalité complète avec un montant de 31 932 $ », précise Nancy Girard, directrice de la municipalité. « La SOPFEU est venue sillonner le territoire afin d’évaluer les structures prioritaires à protéger pour ensuite nous produire un rapport avec des recommandations que la municipalité pourra suivre grâce à la subvention. »
Voici quelques exemples de mesures proposées :
- Complètement dégager les arbres autour des deux tours cellulaires de la municipalité afin de ne pas mettre en péril les communications en cas d’incendie.
- Remplacer des résineux par des feuillus notamment proche des maisons.
- Adapter le plan d’urgence en cas d’incendies
- Faire de la prévention et de la sensibilisation auprès des citoyens
- Identifier des chemins d’accès alternatifs afin de prévoir des sorties d’urgence
« C’est le genre d’initiatives que la municipalité doit mettre en place dans les prochains mois, puisque le tout doit être finalisé avant mars 2027. Au cours des prochaines semaines, la population va être impliquée. On comprend bien que la majorité des mesures à prendre se fera sur des terrains privés, avec l’accord des propriétaires. Il faut donc qu’ils comprennent les raisons de la démarche. Des rencontres d’information seront alors organisées », poursuit Nancy Girard. « On va également faire de la sensibilisation, car on ne pourra pas aller dégager le tour de toutes nos maisons. La collaboration des citoyens est ici essentielle. Le but est de nous rendre plus résilients, et c’est là le lien avec les changements climatiques. Avec l’automne sec que l’on vient de vivre, les risques d’incendies sont plus présents. Il faut nous protéger, nous on est au milieu du bois ! En plus, on est éparpillé un peu partout sur notre immense territoire. »
Pour l’instant la municipalité de Ferland-et-Boilleau a uniquement annoncé à ses citoyens l’obtention de la subvention de 300 000 $, mais attendait l’arrivée du rapport de SOPFEU, qui vient tout juste de lui être remis, pour entamer les démarches auprès de sa population.
Rivière-Éternité et son plan de mesures d’urgence (PMU)

La municipalité de Rivière-Éternité a connu dans les dernières années trois épisodes majeurs liés aux changements climatiques. Un premier lié au vent et aux grands froids occasionnant une panne de courant de cinq jours fin décembre 2022, en pleine période des fêtes. Au début de l’été 2023, des feux de forêt ont provoqué l’évacuation de certaines habitations puis s’en sont suivies en juillet de la même année des pluies torrentielles provoquant d’énormes glissements de terrain dans différents endroits de la municipalité.
« On a mis en place un Plan de Mesures d’Urgence, remis à jour régulièrement et coordonné avec les 13 municipalités de la MRC du Fjord-du-Saguenay. Une fois par année, on a une simulation d’organisée », me fait savoir Sandra Côté, la directrice générale de la municipalité. « Je veux te dire une chose importante, quand cette formation se déroule à la MRC, je ferme les bureaux ici. Pour moi, c’est essentiel que toute l’équipe participe, que chacun connaisse aussi la mission de l’autre, parce que s’il manque quelqu’un, qu’il soit lui-même sinistré ou tout simplement absent, il faut que quelqu’un d’autre soit en mesure de le remplacer ! »
Des achats collectifs ont été réalisés par la MRC comme des couvertes et des lits de camp, afin de pouvoir accueillir les personnes sinistrées. « Lors des événements de juillet 2023, tout était placé dans les bureaux de St-Honoré. Quand on est en mesure d’urgence, personne n’a le temps de faire autant de route. Du coup, la MRC a décidé de séparer les équipements pour en laisser également à ses bureaux de Saint-Félix », m’apprend la directrice générale.
« Dans les lieux prévus pour l’accueil, le bureau municipal et le Centre communautaire, des génératrices ont été placées. Cela nous permet de continuer nos mesures d’urgence tout en sécurisant nos citoyens », poursuit Sandra qui précise tout de même que beaucoup de maisons ont leur propre génératrice. En cas d’alerte, des équipes passent dans les maisons pour s’assurer que les branchements sont adéquats. « On a vu des familles qui avaient du chauffage au propane ou leur génératrice dans la maison. Ce n’est pas parce que quelqu’un a un équipement qu’il sait s’en servir comme il faut ! »
Avec le PMU, la municipalité prépare chacun de ses employés à remplir une fonction précise en temps voulu. Le rôle de Sonia Simard, adjointe à la direction, c’est tout ce qui touche à la communication : « Cela dépendait bien sûr des priorités du moment, des cas rencontrés. J’ai pu aider aux finances ou quand il manquait de personnel à l’aide aux sinistrés, je me suis rendue disponible. »
Enfin, la municipalité a une liste de personnes bénévoles prêtes à donner de leur temps pour l’accueil, le téléphone. Elle met également en place des mesures de prévention, souvent en fonction des saisons. Au printemps une personne vérifie le niveau des eaux, la possibilité d’embâcles, l’hiver les génératrices sont inspectées régulièrement. « La journée du 11 novembre, on était tous en congés mais j’ai quand même envoyé un message à mon équipe pour qu’elle soit prête au cas où, parce qu’il y avait de forts vents. C’est vrai qu’on est plus alerte avec ce que l’on a vécu. Sans devenir paranoïaque, on est toujours prêt », termine Sandra avec réalisme.
L’Anse-Saint-Jean planifie son avenir

Quand on s’intéresse à l’histoire du territoire, on y découvre des conditions d’habitation assez rudes qui ont développé une forte résilience dans la population. Réjean Fortin, consultant en développement durable et changements climatiques pour la municipalité se souvient : « À l’origine du Plan d’Adaptation aux Changements Climatiques (PACC), il y a la tempête Irène en 2011. Lucien Martel, maire de l’époque, démarre une équipe de travail pour se pencher sur ces catastrophes naturelles de plus en plus récurrentes, afin d’évaluer comment mieux s’organiser face à cette réalité. »
Mise en place du PACC
Un historique d’une quarantaine de sinistres inventoriés par la Sécurité publique régionale permet de constater que les épisodes d’inondations et d’érosions sont de loin les plus nombreux. « Ces dernières années, on observe de plus en plus souvent des quantités incroyables d’eau en l’espace d’un court laps de temps. On n’a pas le choix d’être préparé. Avec notre PACC, on analyse les risques locaux, et à partir de là on en sait plus sur les événements susceptibles de revenir », précise Réjean Fortin.
Ça mange quoi en hiver un PACC ?
« Prenons l’exemple de la piste cyclable à L’Anse-Saint-Jean. Avec l’érosion des berges facilement observable, elle était devenue dangereuse. Il a donc fallu la fermer quelques mois. À la recherche de financements pour la consolider, si tu arrives avec un plan bien articulé devant des comités aux innombrables experts, cela accélère grandement le processus d’acceptation de ta demande. Pour obtenir du financement, on a une sérieuse longueur d’avance », me clarifie Bernard Larouche, directeur au développement et spécialiste des demandes de financement en tout genre ! « Un autre élément de taille dans ces démarches, c’est l’acceptabilité sociale. Si la population n’avait aucun intérêt pour la réouverture de la piste, on n’aurait certainement rien obtenu. »
À la lumière des impacts environnementaux, économiques et sociaux des changements climatiques, ils semblent opportuns de signaler que les coûts d’adaptation nécessaires à la communauté pourraient s’avérer largement inférieurs aux coûts de l’inaction.
La connexion de l’ancien méandre
Lors du déluge de 1996, un méandre de la rivière Saint-Jean en amont du pont couvert a été fermé et enroché pour protéger les rives de l’érosion. Toutes ces actions se sont avérées sur le long terme problématiques.
Notons le surcreusement du lit de la rivière qui fragilise l’enrochement des rives et sa protection en plus de favoriser le réchauffement de l’eau nuisible au saumon de l’atlantique, la fermeture du méandre qui empêche les volumes d’eau des crues, des glaces et des sédiments d’y pénétrer et d’être stockés augmentent les risques d’inondations particulièrement dans le secteur plus en aval, la rue du Faubourg. Une consultation publique aura lieu sur ce sujet au printemps 2026. Des études y seront présentées afin d’expliquer l’intérêt d’une réouverture du méandre. Encore une fois l’acceptabilité sociale est au cœur de la démarche.
« J’aimerais souligner l’importance du comité aviseur multidisciplinaire qui supervise et parfois participe à tous ces projets innovants d’adaptation et de prévention mis en place dans la municipalité. Autour de la table se retrouvent entre autres le Comité ZIP Saguenay–Charlevoix, le Laboratoire de recherche en géographie appliquée de l’UQAC, la Sépaq, représentants municipaux, l’organisme de bassin de Saguenay, Eureko, la ZEC saumon », conclut Réjean Fortin avec optimisme.
Petit-Saguenay travaille sur différents enjeux

Mireille Lavoie, directrice des travaux publics à Petit-Saguenay, me parle dès le début de l’entrevue des actions menées pour la préservation de la ressource en eau potable. Si elle semble abondante, elle reste limitée, coûteuse à traiter et vulnérable aux variations climatiques. « La situation n’a rien d’alarmant, puisque la municipalité utilise seulement 17 % de sa réserve en eau potable. Mais l’an dernier seulement, nous avons eu cinq bris d’aqueduc. Notre réseau est vieillissant et, à l’époque, les conduites ont été installées sans protections autour, ce qui les rend plus vulnérables. Plus on sollicite le réseau, plus on accélère sa détérioration. On oublie aussi que chaque litre d’eau potable consommé entraîne des coûts importants : l’électricité pour pomper et distribuer l’eau, les produits et procédés pour la traiter, puis tout l’entretien du réseau d’aqueduc. Réduire notre consommation, c’est donc protéger nos infrastructures… et limiter les coûts pour toute la communauté. »
C’est pourquoi Mireille travaille sur un projet pour préserver le plus possible l’eau potable. Ce projet est encore embryonnaire. Des conseils pratiques comme arroser tôt le matin ou tard le soir pour réduire l’évaporation, privilégier des plantes résistantes à la sécheresse, installer un baril de récupération d’eau de pluie, nettoyer son entrée au balai plutôt qu’avec de l’eau et limiter l’arrosage des pelouses.
« En récupérant l’eau de pluie, cela permet à l’horticultrice Renée Lalonde d’arroser les plantations du village sans utiliser le réseau d’aqueduc. En plus, il y a beaucoup d’avantages à arroser les plantes avec l’eau de pluie. Petit-Saguenay montre l’exemple en tant que municipalité des bonnes pratiques qu’elle aimerait mettre en place auprès de ses citoyens. Et bien sûr l’arrosage se fait avec un vélo électrique et sa remorque ! », précise en riant Mireille Lavoie.
L’érosion des berges, autant à la plage Saint-Étienne que sur la rue qui mène au quai, est également un dossier prioritaire. Juliette Charpentier, directrice au développement le souligne : « L’érosion des berges progresse également tout le long de la rivière Petit-Saguenay. On peut déjà le constater simplement en observant les côtés du chemin qui s’affaissent. Et lorsqu’on regarde sous la structure, on remarque que le sable disparaît progressivement : il ne reste pratiquement que les grosses roches. C’est un signe clair que le terrain perd son soutien naturel et que la stabilité des infrastructures pourrait être compromise à moyen terme. En partenariat avec le Comité ZIP Saguenay–Charlevoix (ZIPSC), des projets de revégétalisation des berges sont mis en place. »
Rendre accessible gratuitement une flotte de vélos électriques, coordonner la location de la voiture électrique de la municipalité, favoriser la canopée urbaine, notamment avec le projet Verdir Petit-Saguenay qu’Azure Lefebvre, agente de développement, mène sur les trois prochaines années, voici quelques services que Petit-Saguenay offre à ses citoyens afin de réduire son empreinte carbone.
Enfin, des programmes de subventions sont proposés aux agriculteurs afin d’installer des bandes riveraines leur permettant de préserver la température des sols et des ruisseaux.













