Les Plateaux Commun’ô’Terre : 50 ans d’histoire

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Photo 2012 : Gérald Delmarco et Élizabeth Kandler, Philôme La France et Eve Breton-Roy, JF Bernier, Mariane Bergevin et Jean Hudon. Marie-Hélène Belzile, Claude Boudreault,Sébastien Birot, Guylaine Cossette, Jean-François Gravel et Félix Gendron.

Le 6 septembre dernier, environ 200 personnes ont participé à la fête des Plateaux pour marquer le 50e anniversaire de cette éco-communauté bien connue dans la région. Lors de ses débuts en 1975, le groupe de jeunes qui construit la première habitation aux Plateaux, à l’Anse-Saint-Jean, ne se doute pas qu’il donne naissance à un écohameau. Il n’y a alors rien de planifié. « Tout se fait dans la spontanéité et la bonne humeur », nous raconte France Verreault dans une des cinq vidéos créées pour l’occasion. (accessibles sur Facebook, avec de nombreuses photos, via la page Fêtons ensemble notre 50e

Retraçons le chemin parcouru jusqu’ici

Au début de l’histoire, France et Marc Gaudreault vivent au village. La proposition leur est alors faite d’acheter des lots appartenant à Napoléon Bouchard, un natif de l’Anse. Jean Gagné, qui vit toujours aux Plateaux, où il opère depuis 31 ans un centre équestre réputé, se joint à eux et débute alors la construction de ce qu’ils appellent la Grande maison.

Fête des Plateaux 1981 : De gauche à droite, Richard Noury et derrière lui Denis La France, Jean Hudon, Jean Gagné et Lucie Boulay, Lucie Gauvreau et Marc Gaudreault, Fanny et Yan Gaudreault et Jean Couture.

Au fil de l’automne, d’autres jeunes de la région et d’ailleurs se joignent au projet et charrient les matériaux de construction par une côte rudimentaire. Cette fameuse côte, qui vient d’être rénovée, n’est praticable qu’en été, car depuis 50 ans les résidents des Plateaux, actuellement au nombre de 27 adultes et d’une douzaine d’enfants habitant 18 demeures, se sont habitués à se déplacer l’hiver en motoneige ou à pied. Cet isolement saisonnier fait tout le charme de l’endroit pour certains, mais complique la vie de ceux qui doivent aller fréquemment en bas, comme les enfants d’âge scolaire.

Pour en revenir aux débuts des Plateaux, après avoir obtenu d’Hydro-Québec d’installer une ligne électrique pour desservir ce secteur et fait construire une nouvelle côte plus fonctionnelle, plusieurs des membres du groupe fondateur et d’autres se procurent un terrain de Marc et Jean et viennent s’y établir. De 1980 à 1983, les Plateaux connaissent une période de croissance rapide, de nouvelles personnes arrivent, certaines d’aussi loin que la Suisse, l’Allemagne ou la France. Sept nouvelles demeures prennent forme pour héberger tout ce beau monde et une vie communautaire fertile en fêtes, repas de groupe et réunions de tous genres se développe. Une cuisine et une salle à manger permettent aux 25 adultes et autant d’enfants de partager le repas du midi, tandis que tous travaillent dans un grand jardin communautaire : les légumes sont partagés entre toutes les familles participantes.

Un groupe de personnes récolte les patates du jardin communautaire.
La récolte des patates au jardin communutaire en 1982.

En 1983, face au besoin de mieux s’organiser, un OBNL est créé, une charte est adoptée et une régie interne guide le développement et le fonctionnement des Plateaux. À l’occasion du départ de Marc, cet OBNL devient propriétaire du fond de terrain, jetant ainsi les bases d’une gestion entièrement communautaire des Plateaux.

Dès 1981, l’entreprise Les Serres des Plateaux, fondée par Regina Stober et Denis La France, nait et fleurit, mais s’étiole au bout d’une dizaine d’années suite à la difficulté de rentabiliser une telle activité au Bas-Saguenay. La boulangerie artisanale Unisson, créée par Jean Couture, produit une gamme de succulents pains au levain. Michel Massuard et Monique Laroche transforment en délicieux fromages vieillis, en yogourt, beurre et même crème glacée le lait bio produit par leur douzaine de vaches. Gérald Delmarco livre par camion jusqu’à Montréal les produits de ces entreprises.

Au fil des années, d’autres membres des Plateaux pratiquent divers arts et métiers. Monika Schnug, avec son jardin de plantes médicinales, Patricia Daigneault et Maryelle Gagnon et leur épicerie Corne d’abondance, Heidi Schiemann et ses fameuses poteries, Corinne Tremblay avec ses vêtements en batik, Richard Noury et ses sculptures, Paul Tremblay avec ses pierres suspendues, Jean Hudon et ses ateliers d’éveil, Élisabeth Kandler et ses cours de yoga et Denis Lafrance avec ses formations en agriculture bio. Enfin, après le départ de Monika, cinq enfants nés ici lui rachètent la Grande maison, la rénovent et l’exploitent à leur tour pendant 10 ans sous le nom d’Auberge du bout du monde.

De nouvelles familles viennent se joindre au groupe et un second souffle de développement fait l’objet d’un reportage en 2012 sur TV5 dans le cadre de l’émission Urbania – Le Québec en douze lieux. En 2009, quelques membres fondent Les Ateliers coopératifs du Fjord, exploitant le célèbre Bistro de L’Anse et, depuis 2015, la micro-brasserie La Chasse-Pinte. En 2013, Sébastien Birot et Mariane Bergevin ouvrent le Café du Quai, une populaire crêperie bretonne. Enfin, en 2019, quatre membres fondent La Ferme d’en haut dont les légumes et produits d’élevage font le bonheur de sa clientèle locale.

Qu’adviendra-t-il de cette expérience d’entraide et de partage du magnifique coin de pays qui a vu naître cet éco-hameau ? Si le passé est garant de l’avenir, on peut penser que le futur des Plateaux sera tout aussi fertile en réalisations et expériences enrichissantes.