Motoneiges électriques : solution d’avenir ou mirage hivernal ?

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Motoneige électrique dans la neige !
Saguenay Aventures propose une excursion en motoneige électrique d’une demi-journée.

Cet automne, la MRC du Fjord-du-Saguenay a lancé un programme d’aide financière, via le fonds Signature Innovation, pour soutenir les entreprises touristiques souhaitant acheter des motoneiges électriques. Un coup d’épée dans l’eau ou une véritable piste de transition ? Pour y voir plus clair, nous avons rencontré Sven Kaminski, responsable du développement touristique à la MRC, et Gérald Gagné, président du Club de motoneige du Fjord.

Les changements climatiques chamboulent la pratique

Saison retardée, neige lourde, chablis, épisodes de pluie et redoux fréquents : pour Gérald, il n’y a plus de doute, les changements climatiques sont bien présents. Il observe une transformation des conditions hivernales depuis une dizaine d’années. Ces bouleversements demandent des efforts d’entretien inhabituels sur les sentiers pour son équipe, qui fonctionne principalement grâce à l’implication de bénévoles. « Les trois dernières années ont été particulièrement catastrophiques », affirme-t-il.

Les droits d’accès vendus par la Fédération des clubs de motoneige du Québec (FCMQ) sont en baisse, notamment dans les régions où l’hiver se dégrade rapidement, comme Montréal et les Cantons-de-l’Est. Heureusement, le Bas-Saguenay s’en sort mieux que d’autres régions, grâce à son enneigement plus stable. On peut même s’attendre à une hausse de l’achalandage chez nous dans les prochaines années, tandis que les motoneigistes chercheront de nouveaux terrains de jeu où la neige tient encore.

Un nouveau pont vient d'être installé sur la rivière.
Le Club de Motoneige du Fjord a investi près de 4M$ depuis 2020 dans des ponts et ponceaux

« Notre région est l’une des plus visitées par les adeptes de motoneige et l’étude qu’on a menée en 2023–2024 a révélé que notre MRC est le principal secteur de pratique dans tout le Saguenay–Lac-Saint-Jean. » – Sven Kaminski

Cette activité représente un pilier économique majeur pour plusieurs commerces et services du Bas-Saguenay. Il va donc falloir maintenir notre attractivité tout en adaptant nos infrastructures aux nouvelles conditions. À ce propos, Sven se veut rassurant : « Notre territoire n’est pas encore au maximum de sa capacité, contrairement à certains secteurs des Monts-Valin où il faut déjà penser à désengorger. »

Le manque de neige pourrait cependant forcer le réseau à se redessiner : « Si le couvert neigeux diminue, on ne pourra plus passer dans les champs des agriculteurs sans risquer d’abîmer les récoltes. Il faudra trouver des chemins de contournement sur un territoire segmenté en terres privées », ajoute-t-il.

En ce sens, certaines adaptations ont déjà été réalisées. « Depuis 2020, près de 4 millions ont été mis dans nos sentiers et infrastructures au Bas-Saguenay », explique Gérald. Les ponceaux sont plus gros et les ponts sont plus hauts. « Les coups d’eau sont et seront de plus en plus extrêmes. Il faut protéger les sentiers de motoneige », confirme Sven Kaminski.

L’électrique : un virage intéressant, mais pas pour tout de suite

Sur le plan environnemental, il n’y a pas de doutes : la motoneige contribue aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont responsables des changements climatiques. Or, les visiteurs — surtout internationaux — sont de plus en plus sensibles à leur impact.

La motoneige apparaît comme une solution silencieuse, inodore, agréable, puissante et respectueuse de l’environnement. Ainsi, la MRC avait planifié de travailler sur deux volets en motoneige électrique : des circuits électriques et des programmes d’aide pour encourager l’acquisition de ces véhicules. « L’idée était d’être précurseur », explique Sven, « mais plus on avançait, plus on constatait l’ampleur des défis. »

Le territoire montagneux du Bas-Saguenay change rapidement la donne. L’autonomie annoncée par les fabricants (100–140 km) tombe plutôt autour de 35–70 km dans nos conditions, parfois moins. Autant vous dire que Gérald, qui peut faire jusqu’à 300 km dans une journée, n’irait pas bien loin ! Pas adaptée au hors-piste, autonomie réduite lors des grands froids, recharges longues… Les enjeux de sécurité se révèlent trop importants, notamment dans l’arrière-pays.

« Ça a pris 50 ans avant d’avoir des motoneiges qui tiennent la route. Taïga commence à peine… Ça va prendre encore quelques années avant que les motoneiges électriques deviennent fiables. » – Gérald Gagné

Ceci dit, c’est un produit intéressant pour les entreprises touristiques, qui offrent des sorties guidées, à proximité des services et bornes. Parce que oui, les motoneiges électriques peuvent utiliser les bornes de voitures ! Gérald considère même que ça pourrait être un bel outil de travail pour les bénévoles du Club qui entretiennent les sentiers — tout en réduisant les coûts d’essence.

Finalement, l’électrification des motoneiges n’est pas une solution miracle, mais c’est un pas nécessaire pour l’avenir. Sven et Gérald l’affirment tous les deux : « Tôt ou tard, il faudra aller dans cette direction. »

En tourisme, l’offre précède souvent la demande. La MRC souhaite donc amorcer la transition de manière réaliste, en tenant compte de l’importance économique, sociale et récréative de la motoneige pour notre territoire de montagne.